Ma vie posthume de Hubert et Zanzim

Ma vie posthume. Hubert et Zanzim.

Ma vie posthume : Ne m’enterrez pas trop vite, première de deux parties pour une histoire qui pourrait faire peur. Chez Glénat, Hubert au scénario & Zanzim au dessin, celui-ci gagnant le prix du dessin du festival NormandieBulle de Darnétal, semblent nous menacer d’une encore et encore nouvelle histoire de zombie.
Thème déjà frelaté par essence et le plus souvent lassant dans son existence tant graphique que télévisuelle. Car quel intérêt à faire bouger des cadavres sinon pour tester de nouvelles techniques gores ? A priori aucun ! Sinon pour la parodie (Death Valley, série tordante et quelques films vite redondants) où la métaphore sociale : Romero étant le premier et dernier dans le genre. Certes il y eut Walking Dead finalement surfait tant dans le comic qu’à la télé où éventuellement les dérivés Marvel à sauver par la démesure de leur propos (Galactus zombifié : respect !). Va donc pour la métaphore sociale mais enrichie d’une parodie apparente d’un troisième âge qui a des racines tenaces !

Ma vie posthume. Hubert et Zanzim.

Donc nous voici plongé dans la « vie posthume » d’une vieille dame découvrant progressivement sa nature de morte. Passer de la vieillesse au tombeau c’est un destin trivial. Mais c’est déjà une idée originale que de le montrer à travers un zombie qui s’ignore.
La suite approfondie ce propos en creusant la tombe de la vieille.
Seule en sa demeure, que l’on verra plus tard comme un îlot naturel entouré de résidences plus modernes, sa vie après la vie n’est d’autant pas banale que celle d’avant sa mort était déjà vécue par une originale rebelle à la tradition.

Ma vie posthume. Hubert et Zanzim.

Et c’est là le vrai thème : comment la vieillesse n’est qu’un détail pour qui ne se contente pas d’hériter une vie. La couverture aurait dû nous alerter en nous la montrant ridée se voyant jeune en un miroir non pas flatteur mais révélateur. Le dessin léger et dansant de Zanzim, un rien daté pour mieux ancrer la jeunesse de l’héroïne dans les années 1950, réussi à nous rendre sympathique et proche une vieille toquée méprisant son trépas. Car c’est son passé qui revit alors et c’est dans celui-ci que deux mystères devront être résolus : la raison d’une zombification dont elle n’est pas l’unique bénéficiaire mais aussi celle de sa mort. Pas naturelle non plus. Après le premier choc, une balle dans le coffre qui aurait du l’envoyer dans un autre en bois, elle est juste à peine plus invivable qu’avant sa mort.
Qu’elle ne conçoit d’abord pas, il faut des mouches pour révéler un statut de cadavre car pour les besoins vitaux elle ne voit guère de changement. Son aide de vie non plus tellement habituée à la vieillesse et à son naufrage que  le basculement de l’autre côté reste finalement une formalité pour peu que la morte grogne encore. Elle fume aussi et se remémore son grand amour, un lascar conforme à sa jeunesse dissolue et lui aussi disparu… ou pas ?

Ma vie posthume. Hubert et Zanzim.

Cela pourrait-être nostalgique et ça l’est un peu, le dessin s’y prête, mais le passé de la dame nous est montré d’abord pour souligner un caractère vivace puis comme un gage d’une vie en rébellion contre le temps qui passe. Le récit prend son temps lui aussi et ne nous fait pas perdre le notre : on sent bien que les détails de cette vie sont importants, que ce n’est pas pour rien qu’elle persiste malgré un tueur qui s’acharne sur son cadavre pendant que d’autres sortent des tombes alors que des notables mériteraient presque d’y tomber.
Mais on a le temps : il y a un deuxième et dernier tome à venir Anisette et formol pour résoudre les équations d’une non-vie qui renait !
[ÉRIC FLUX]

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3 réponses à “Ma vie posthume de Hubert et Zanzim

  1. Il faut souligner que c’est un très bon album, tout à fait notable dans les parutions de l’année ! Sa lecture me rappelle les meilleures surprises de Poisson Pilote. Le titre est paru en avril 2012, on en a trop peu parlé il me semble, et il ne faut malheureusement pas compter sur la sélection du FIBD pour corriger cette erreur. Mais qui fait cette sélection au fait ? Comment sont-ils choisis eux ?

    • Ceci dit il y a de très bonnes choses à découvrir dans la sélection du festival cette année (Big questions, Le Nao de Brown par exemple) et de bonnes valeurs sûres (Tardi, Peeters, Burns…). Qui fait cette sélection ? Aucune idée, je vais mener l’enquête…

  2. Pingback: Kokor : Au-delà des mers, entre les eaux | EO le blog·

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