NOU3, une production Grant Morrison et Frank Quitely

NOU3. Morrison, Quitely.

NOU3, paru chez Vertigo (rien à voir avec la gamme adulte de DC) récente collection des nouveaux éditeurs Urban Comics, pourrait paraître surprenant en comparaison des œuvres passées des auteurs.
Ces deux-là nous avaient enchanté avec une relecture globale de l’Homme d’Acier All-Star Superman qui magnifiait la légende en douze numéros éclatants de beauté et de sens. Mais surtout par leur travail sur les New X-Men (N°114 à 138 et pour Grant Morrison jusqu’à l’effrayant N°150) ils avaient redonné aux mutants de Xavier gloire et grandeur au travers un arc complexe et sombre culminant avec la dernière mort en date du Phenix et il faudra presque dix ans maintenant pour qu’elle renaisse. Morrison c’est enfin l’auteur d’Arkham Asylum qui en 1989 montrait l’autre face de Batman grâce aux impressionnantes illustrations de Dave Mc Kean et surtout le créateur des Invisibles définitivement la série anarco-psychédélique SF de référence avec le Transmetropolitan de Warren Ellis.
Si NOU3 est visiblement un album mineur c’est aussi par ce biais qu’il condense les sujets habituels de Morrison. Mineur car consacré à ceux que l’on appelle parfois nos frères inférieurs : les animaux, mais fidèle au thèmes de l’auteur car à la fois glorifiés et radicalement révoltés sont nos amis les bêtes. « We3 » soit « We free », le titre originel étant bien plus parlant que cette traduction bêtement littérale.

NOU3. Morrison, Quitely.

Ils sont donc 3 : un chat, un chien, un lapin. Pas caricaturés, pas magnifiés, pas bêtifiés juste dénaturés dans le sens précis du terme. Bardés de capteurs, entourés d’exo-squelettes, augmentés par et pour l’armée tel Steve Austin et avec un budget valant au moins 3 milliards ils sont soumis à des décideurs rapaces, prédateurs visant le sommet de l’évolution politico-économique. Des cobayes sacrifiables quand le vivant peut être upgradé par une version supérieur cela donne des bêtes armées, lâchées par leurs créateurs dans la et leur nature.

NOU3. Morrison, Quitely.

Frank Quitely se déchaine dans des accès de rage graphique habilement séquencés en quelques plans muets retraçants plusieurs action simultanées ou, plus sauvagement, en doubles pages violemment sanglantes.
Le making-of de fin d’album, très riche, et pour une fois intéressant, précise l’intention de l’auteur : faire une histoire « de viande en mouvement ». Et même si l’ambition est un peu exagérée, après tout on voit aussi des cases régulièrement découpées chez Brian Michael Bendis (en plus bavard, certes) et pour la démesure sanglante Geof Darrow sait aussi être Hard Boiled, elle comble bien la promesse faite à l’éditrice : « fais nous confiance, ça devrait avoir l’air incroyable ».

NOU3. Morrison, Quitely.

Morrison nous balance au grès des épisodes les touchantes et naïves affiches demandant le retour des petites bêtes manifestement enlevées à leur foyer humains et nous assène une fable à la fois contre l’expérimentation animale et pour une forme de résilience naturaliste. Les animaux restent des bêtes, ce ne sont pas des exemples, leurs actions sont aussi à l’images des désirs des humains : instinctifs donc primitifs mais dans leurs cas cohérents avec leur nature. Donc créant une empathie immédiate même quand ils massacrent les semblables du lecteur.
Comme Superman ils peuvent être tout-puissant, comme les X-Men ils sont craints et haïs, et comme les Invisibles ils se fondent dans les bas-fonds : ces trois là sont de vraies personnes. Les rares personnages un peu humains sont au bas de l’échelle et aussi facilement sacrifiés, les héros sont vraiment les 3 du titre et le deviennent en se dépouillant des perversions humaines, la scène de fin recadre le récit dans une humanité triviale : NOU3 est une bien fable sous son armature technologique, réaliste et moraliste.
« Bon chien » dit le chien, « Homme nul ! Chef nul ! » dit le chat.
[ÉRIC FLUX]

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2 réponses à “NOU3, une production Grant Morrison et Frank Quitely

  1. Le vertigo de urban comics n’a pas rien à voir avec le vertigo de dc puisque c’est une collection qui reprend les titres du label américain.

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