Demain, demain de Laurent Maffre

Demain, demain. Laurent Maffre

Demain, demain ; un titre qui se prolonge aujourd’hui et, certainement hélas, demain, demain…
Sous-titré Nanterre, Bidonville de la Folie, 1962-1966 cet ouvrage vient de recevoir le Prix du Scénario au Festival Normandiebulle de Darnétal.
Une évidence : la fiction est toujours fade quand elle est confrontée à une réalité que l’on aurait du mal à imaginer car Laurent Maffre relate une histoire proche, réelle, terriblement humaine chez Acte Sud BD / ARTE Edition.
« C’est en 1959, après avoir lu un article de presse relatant un incendie dans un bidonville « Nord-Africain » de Nanterre, que Monique Hervo se rend pour la première fois à La Folie » : l’auteur livre ses sources en complément de son récit, avec des photos montrant pour de vrai ce qu’il dessine aussi bien avant cette conclusion froidement factuelle. Cela renforce une bande dessinée qui pourtant se suffirait à elle-même tant son dessin n’édulcore rien et décrit tout de l’intérieur, des personnages jusqu’à leur pitoyable décor. Une BD historique oui, mais sans les apparats du genre. Pas de costume grand siècle mais des gens cachant les habits de leurs terre d’origine dans des malles pour porter ceux de leur exil en tant que cache misère. Pas de grandes aventures de princes ou d’explorateur mais l’histoire, la vraie, celle des personnes qui la vive au plus près d’un monde qui devient le notre.

Demain, demain. Laurent Maffre

Je ne sais pas si les petits enfants des écoles apprennent encore l’histoire récente, à quoi bon enseigner la vérité d’une société qui ne leur permettra que de survivre n’est-ce pas ? Pourtant ce genre de livre devrait être au programme dès le collège même si les petits héritiers de la nation doivent surtout y apprendre à pleurer et savoir pourquoi leurs larmes coulent.
Et je vous le promet si tant est que vous partagiez l’humanité commune des personnes décrites : vous pleurerez aussi. C’est même un bon début pour ensuite connaître une saine colère envers un monde qui donne comme Eldorado un bidonville puis une cité de transit et enfin, au pinacle, un HLM « ce doit être tout là-haut. avec les français ! » rêve un algérien rescapé du massacre de 1961 lorsque Papon dispersa dans le sang et la noyade des manifestants pour la plupart pacifiques réclamant seulement un peu de dignité.

Demain, demain. Laurent Maffre

Demain,demain se construit sous nos yeux avec un graphisme fluide, sans excès dramatique malgré le thème. Le dessin se fait parfois plus vaste, montrant en quelques traits comment une friche devient un ensemble d’immeuble. C’est l’histoire qui peuple ce décors des rêves de personnages ne demandant qu’à s’effacer derrière ces façades nouvellement bâties.
Laurent Maffre montre tout sans s’appesantir. Son histoire suit une famille rapatriée d’Algérie par un père n’osant pas décrire le bidonville où il vit à sa femme qui le découvre dès le début du récit.
La promesse est celle d’un pays de cocagne : la France avec ses maisons comme des palais. Où les soldats ne sont pas sur des terres colonisées. Mais où les familles sont déchirées entre un père exploité de l’autre côté de la Méditerranée et femme et enfants en instance de départ vers un rêve trompeur. Ensuite il faut survivre, aménager la misère, mais pas trop. Ce ne doit surtout pas être voyant sinon les autorités en uniforme abattront aussitôt le peu de protection qu’une famille aura pu reconstruire. Il est toléré d’habiter dans un décors misérable à condition que celui-ci le reste. Toute recherche de dignité semblant comme une offense faite aux autochtones policés. Mais ce n’est pas un monde réduit à une piètre logique dialectique que décrit Maffre : des français visitent, partagent, comprennent les exilés.

La différence alors n’est que dans les habits où les coutumes, certainement pas dans la pauvreté. Il y a encore de l’espoir quand le dessin fait fusionner deux mondes en un seul autour d’une table commune. Il y en a moins quand un incendie crée un chaos nocturne et dévore les maigres mais indispensables possessions et que surtout celui-ci ne saurait être un prétexte à relogement « sinon il y en aurait tous les jours ». Cela laissera juste quelques terreurs nocturnes à la petite Samia. Si vous voulez avoir une idée disons de certains coins actuels au Nigeria, au Brésil, en Chine il vous suffira de penser à cette enfant dans ce cadre. Demain, demain : c’est maintenant. Pour toujours ?
[ÉRIC FLUX]

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2 réflexions sur “Demain, demain de Laurent Maffre

  1. Il y a 8 ans le programme d’histoire au lycée évoquait très rapidement la guerre d’Algérie et s’arrêtait juste après. Autant dire que les jeunes de ma génération n’ont pas beaucoup de clés pour relier les années 60 à la société française actuelle.
    J’espère que le programme à changé depuis.

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