Mœbius, l’aphone de Mars

Mœbius. La Faune de Mars.

Désolé, j’aurai dû commencer en vous donnant la vraie trame du carnet Major et pour cela revenir à la Voie, au Tao. La question étant la finalité. Et la réponse son absence.

Le Tao conseillant la Voie plus que le But. Bref se débarrasser de la quête pour se contenter d’arpenter le chemin (Arzak par exemple). Un dessinateur obsessif comme Giraud doit passer son temps à interpréter le réel ou à lutter contre la multiplicité des sens qui surgissent sous son pinceau. Alors s’imposent des structures qui s’agrègent en scénario et s’achèvent en chutes. Gir est honnête, lucide il ne nie pas pas et même se revendique lui-même comme le vrai but. Mais il est humain et ne peut que retomber sur le truisme de base « Être ce que l’on est », « Retourner à la maison », bref conserver ou pire revenir aux sources de ce que l’on déplore.

En chemin il réussit ce qu’un de ses anciens scénaristes rate de mieux en mieux (voyez vous qui ? On y revient prochainement) remplir l’espace avec légèreté. Sans nous épuiser. Sans donner plus de sérieux qu’il n’en faut à des dialogues souvent parodiques « avons-nous une histoire ou n’est-ce qu’un scénario de plus ? » ose-t-il dans Major.

En ce sens Mœbius a fait une œuvre archétypale, auto-suffisante, parfaite. D’autant plus quand il s’abstrait vraiment des limites scénaristiques en condensant Tout en un seul dessin . Ainsi dans le carnet La faune de Mars disponible comme le Major via Mœbius Production (ou Cherbourg).

Ici des scènes drolatiques avec des créatures à la biologie exogène, folle mais crédible et précisément dénommées : « Petit Traumadaire », « Little Torino » , « Pnoume Raynett, « Zagzig (OGM) » La malourde chantante » traitresse celle-ci avec ses spires fragiles émergentes de la terre de Mars alors que que toute sa structure de racines complexes entremêlées et probablement intelligente se cache dans le sol sur lequel se tient un Major perplexe face aux spires susnommées. Oui, le Major passe aussi sur Mars mais il est discret, c’est juste un touriste dans ce se zoo en liberté, flagrante déflagration mentale d’un Mœbius sans contrainte.

Avec La faune de Mars il décrit ce qui pourrait être des personnages familiers du Major mais lors ils seraient aussitôt assujettis à une demande de sens. Là point. Juste la jouissance de l’image devenu un être possible et potentiel fournisseur d’histoires. Avec cette faune l’auteur se libère vraiment des limites humaines d’un scénario, Alors que Mœbius avec son Major Fatal, ses portes ouvertes ou hermétiques, ses clefs déclenchant des rêves infinis mais s’effondrant inévitablement sur eux mêmes se dessine comme une silhouette se détachant de l’ombre de personnages au verbe d’autant plus eschatologique qu’il se parle à lui-même, au milieu de cette Faune muette sa voix résonne comme un discours silencieux riche en paraboles lumineuses.

Enfin, par transparence dans La Faune, par transcendance dans le Major, Mœbius est visible. Non pour lui probablement mais pour le lecteur réjouit, oui !

[ÉRIC FLUX]

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