Le roi Oscar et autres racontars (1/2)

« Être seul. Tout seul sur une côte pratiquement dépourvue d’hommes, isolé du reste du monde. Ne dépendre que de sa propre habileté, de sa propre volonté, être à la fois son seul maître et valet » rêvait Anton un jeune danois avant de s’engager pour un emploi de chasseur au Groenland. Si l’on compte bien, de ceux de Bjorkenborg, où accoste une fois l’an La Vesle Mari, jusqu’à Hauna où doit habiter encore, mais seul, Halvor, sur cette côte du Nord-Est du Groenland, une petite quinzaine d’hommes, et seulement des hommes, survivent de chasse, d’alcool, d’ennui parfois, de fêtes si il y a des funérailles où de conflits souvent dus à l’influence ponctuelle de la civilisation, amenant chiotte ou jeune désillusionné.

Dans Le roi Oscar et autres racontars Hervé Tanquerelle et Gwen de Bonneval adaptent pour les Éditions Sarbacane les histoires arctiques de Jorn Riel. Des Racontars que Riel a ramené de séjours dans les années 1950 auprès des trappeurs du Groenland. Autant oublier de suite les London ou Curwood de notre jeunesse. Ce n’est pas la même époque, le même pays et encore moins les mêmes héros. Ceux auxquels s’attends pourtant Anton dans la dernière histoire. Avant de rencontrer des hommes, des vrais avec leur survie faite de cohabitations savantes où le conflit est interdit car pour résister à la nature il faut d’abord survivre à la sienne et faire avec celle de l’autre. Celui qui chasse alors que l’on tient la bicoque et que l’on dépiaute le renard. Ou l’inverse. Vrais ou faux ces Racontars sonnent comme des contes où l’humain se heurte d’autant plus à l’autre qu’il est proéminent dans ce désert glacé. Et indispensable pour survivre. Pas d’emphase, peu d’extase naturaliste mais un minimum de sagesse, qui est « une bénédiction mais il faut l’ingurgiter à petite doses et de préférence à un âge mur ». Heureusement il reste l’alcool qui imbibe quelques pages, la succession lente des heures qui passent ou s’arrêtent même, le temps de plonger dans une étrangeté peu commune, et Oscar. Un cochon qui donne son nom à l’album, à cause qu’il est proche de son maître le vieux Niels, au point qu’on doit les confondre même à l’odeur sous les yeux exorbités de cet ahuri d’Halvor un autre de ces semi-clochards des glaces à qui il ne restent que des pensées souvent plus folles que la côte, aux limites fractales, qu’ils colonisent.

Tanquerelle nous plonge autant dans l’environnement aride du nord que dans ces crânes pelés qui le hante mais qui le perde souvent ! Car le dessin réussi ça : rendre une vie à ces exilés animés de pensées rares mais intenses et la transmettre juste par les traits de leurs figures habitées et leurs mouvements précis même dans la maladresse. Des visages burinés ou ravagés, souvent explosés par la goutte qu’ils distillent eux même, mais jamais figés, malgré la mort, le froid, l’absence saisonnière du soleil, la routine des pièges à relever ou la cohabitation obligée avec un semblable souvent radicalement différent. Sauf quand il meurt.

D’abord c’était « juste avant le déjeuner, ce qui était franchement impertinent » et surtout son cadavre plusieurs fois recongelé pour qu’il puisse trôner en tête de banquet parmi toutes ses connaissances, permettra de joyeuses funérailles avec même les « bouteilles de vin à étiquette » du Comte quasi mort de leur mélange. Mais pas vraiment car sur des terres aussi étrangères la raison est celle du conte. Magnifiquement re-contés par un dessin fidèle aux racontars, « une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l’inverse ».

A suivre…

[ÉRIC FLUX]

Le blog, régulièrement alimenté, d’Hervé Tanquerelle.
• Une exposition « virtuelle » avec ventes d’originaux est visible sur Galerie 9e

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