La Brigade Chimérique. Episode 2 : la chute

Dans l’univers fictif actuel, on assiste à un effondrement causal suivi d’un rebondissement mythique. Les héros figurés comme projection de l’imaginaire collectif se concentrent, se résument, s’absorbent parmi les symboles archétypaux qui les préfigurent dans l’inconscient de leurs créateurs. Alan Moore recrée (plusieurs fois) des âges d’or légendaires, Mike Mignolia retricote des légendes protomonothéistes, Warren Ellis, Mark Millar, Grant Morrison, Brian Michael Bendis et consorts se livrent à de nombreux palimpsestes sur ces thèmes. On pourrait penser à une saturation de l’information par un brouillage des symboles. Mais, outre que depuis des millénaires les archétypes sont des réécritures d’eux mêmes, ici, c’est à l’épure du thème que l’on abouti, à l’image d’Alan Moore qui retrouve Prométhée le donneur de feu initial. Ou de Jean Ray (cité et montré avec La Brigade) qui réunissait déjà dans son Malpertuis des images mythiques soumises à la croyance humaine.
La Brigade Chimérique nous menace presque d’une telle abondance épuisante. Mais ses références sont solides et claires.

L’action est centrée dans la France d’entre deux guerres. Celle des surréalistes et des écrivains de genre nouveaux. Alors que se placer sous le regard d’André Breton suffirait à beaucoup, ici on se retrouve en plus face à des personnes aussi hors normes que René Daumal. Daumal, dans une BD, en situation, cohérent ! Carl Gustav Jung comme ressort narratif, le juif errant en tant que code, une sorcière citant correctement Hécate la Triple, voici des exemples qui seraient ailleurs des finalités. Ici non, ce sont des moyens, des outils pour creuser une réalité gauchie par une anarchie droitière. Il y a une continuité, un sens de l’action qui est aussi malheureusement celui de l’Histoire de cette époque. Elle dira pourquoi ont été oubliés les Super-Héros de la Super Science Européenne mais en attendant, il y a surtout un sens du feuilleton que gagnerait à retrouver les comics d’outre atlantique. « Le feuilleton populaire, Daumal aussi a eu cette tentation, ça n’a rien de déshonorant ». En effet : pas de dilution scénaristique, effets assumés et assénés sans complexe, construction romanesque laissant changer les personnages, mystères osant rester dans l’ombre. Avec un dessin clair et fluide mais intégrant images d’époque, constructions oniriques, constructivisme soviétique avec mécaniques SteamPunk, la gamme est riche mais reste dans un style précis.
Le thème essentiel se dévoile au fil des histoires ponctuelles qui l’alimente.
Si le cas de Gregor Samsa vous parle, ce n’est pas une trame supplémentaire dans le récit qui le rendra confus mais un fil pour revenir à notre réalité cafardeuse. Sans dévoiler une conclusion pourtant implacable, réunissant la logique du récit à celle de l’Histoire sachez jouir d’une idée extraordinairement pertinente créant un lien entre l’Homme d’acier et un Golem dument animé par un phylactère conforme à la tradition.

Ce passage est une transmission d’une civilisation à une autre d’une justesse telle que l’on veut une suite. Avec les approches par Daumal, Spitz ou Barjavel il y aurait des choses à dire sur quelques autres hommes remarquables non ?

[ERIC FLUX]

DANS LA MEME COLLECTION
La Brigade Chimérique. Episode 1. Les sources
• La Brigade Chimérique. Episode 2. La Chute
La Brigade Chimérique. Episode 3.  Questions à Serge Lehman
La Brigade Chimérique. Episode 4. Gess, l’entretien

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