La Brigade Chimérique. Episode 1 : les sources


La Brigade Chimérique. Lehmann, Colin, Gess, Boisonneau. L'Atalante 2010

De La Brigade Chimérique, série (en 6 tomes) parue grâce au talent de l’Atalante, on m’avait dit : «entre Le BPRD & La Ligue des Gentlemen Extraordinaires». Pas faux, mais limité. Cela dépasse même le gentil spin-off d’Hellboy ou l’exercice de style d’Alan Moore. Pour ce dernier la référence serait plus à prendre du coté de Promethea et de sa relecture des fondements de la fiction en tant qu’acte générateur de réalité.

 

La Brigade se situe dans une revalorisation (enfin!) des auteurs français en marge de la fiction et souvent précurseurs de la science fiction moderne (J.-H Rosny, Jean RayBarjavel…) non pas en les plagiant mais en les plaçant in situ dans l’action d’une uchronie pertinente (elles ne le sont pas toujours) et radicale quant à la vision du drame essentiel du siècle précédent. La quatrième de couverture résume l’action sans ambiguité «La fin des Super Héros européens». Mais quoi ? Quels héros ? C’est vraiment le thème : alors qu’avant guerre, naissait outre-atlantique le mythe moderne, le Super Héros, en Europe : rien ! Des héros, certes, mais pas avec cette flamboyance naïve qu’avaient, surtout à l’époque, les silhouettes épurées des proto-héros à collants américains. Le mythe renaissait en occident mais ailleurs, pas dans ce continent trop souvent qualifié de vieux, alors que des auteurs rajeunissaient la fiction depuis au moins le XIXe siècle. La Brigade reprend donc les thèmes à zéro mais dans un environnement européen au point d’en citer en exergue (et en conclusion, hélas) son contempteur crépusculaire Nietzsche. Celui de Zoroastre pour être très clair et bien viser le Surhomme.
Pour bien montrer l’importance européenne du récit, les auteurs (Serge Lehmann & Fabrice Colin au texte, Gess aux images) nous donnent une carte en préambule avec la situation géopolitique telle qu’on la connaissait entre les deux horreurs qui ont massacré notre continent au siècle dernier, au millénaire d’avant, hier donc. L’Allemagne nazie figurée par Mabuse, le collectivisme stalinien avec la masse des «Nous autres », les «hommes faisceaux» du Gog italien et le point brutal de la Phalange espagnole en complément des puissances nocives, les super méchants de l’époque. En face et en France l’institut du Radium des Curie épaulé par un héros anglais et en conflit avec un héros français ambigu. Bref on est juste avant guerre, la Super Science de cet univers à peine parallèle rayonne pour le bien grâce au rationalisme déjà discrédité des scientistes français ou dans le mal sans nuance des alliés de M. le maudit (c’est sa nature au mal, il ne relativise pas, il est absolu et bête).
L’action se fait parfois feuilleton dans un esprit comics assumé mais une continuité intrigante riche en rebondissements. Une menace sourde plane au-dessus de l’Europe du bien ou du mal, dans une Metropolis surgie des limbes, un cafard apparaît, un homme d’acier vole, des armures de fer dominent alors qu’en France un personnage « fier de ses origines aristocratiques, proche du mouvement socialiste catholique mais philosémite » va condenser les nombreuses trames autour de sa personnalité complexe « hmm cet homme à l’art de résoudre les contradictions les plus ardues » nous dit une narratrice sous le charme. C’est exact et le récit aussi mais au prix de telles prouesses dans l’intrication des intrigues que cela ne peut être qu’à suivre…

[ERIC FLUX]

DANS LA MEME COLLECTION
La Brigade Chimérique. Episode 2 : La chute
La Brigade Chimérique. Episode 3 :  Questions à Serge Lehman
La Brigade Chimérique. Episode 4 : Gess, l’entretien

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4 réflexions sur “La Brigade Chimérique. Episode 1 : les sources

    1. Dommage. On va en reparler de La Brigade, en espérant que ça te donneras envie d’insister. Nous, en tout cas, on trouve que c’est LA série française à lire (d’autant plus que c’est pas vraiment une série, ceci dit…)

  1. Bah, la mémoire US est encore plus volatile, on ne peut donc pas dire que l’on est pire. La grande différence, c’est qu’il y a un enthousiasme très grand aux USA pour ce qui est de la culture populaire qui survit grâce aux fans, qui suscitent les rééditions qui amènent à des adaptations ciné. Et là, tout peut repartir pour un nouveau cycle. Ce phénomène de mémoire est difficile dans les pays européens parce que le public est beaucoup plus restreint et par là même, le nombre de fans aptes à poursuivre un travail mémoriel. Seul le cinéma qui semble apte à passer les frontières semble résister au phénomène d’oubli. Les Américains ont la chance d’avoir un public très large et donc la possibilité de travailler sur de petites niches qui seraient de vrais marchés en France.

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