Alan Moore, une biographie illustrée

Alan Moore par Frank Quitely

La silhouette non définie de Gary Spencer Millidge s’alourdit sous le poids de son Eisner Award, aggravé d’un National Comics, Award aussi, reçu pour son Strangehaven tout deux en 1997. Le bougre vêtu comme seul peut l’être un anglais ami du mage Alan Moore traversait vivement la bourgade séculaire de Northampton en plein centre de la terre des angles.
Son biographic Alan Moore : Portrait of an extraordinary gentleman ne lui suffisait plus, 2003 c’était déjà loin, Alan avait encore transmuté depuis, il fallait aller plus avant, plus fort, plus profond, des histoires restaient à narrer sur celui qui les avait régénérées comme jamais : Alan Moore : Storyteller allait naître chez nous baptisé : Alan Moore : une biographie illustrée.
Dargaud récoltant une part du marché comics français édita ça, il y a quelques mois mais il faut le temps de digérer ce volume massif, illustré par Frank Quitely de la face impressionnante et considérablement barbue du magicien illustre.
Ça commence mal avec une préface d’un Michael Moorcock besogneux faisant double emploi avec l’introduction de Millidge qui suit dans le plus pur style rédactionnel des magazines anglo saxons : entrée directe en situation (Moore réduit à l’état de cliché vivant marche dans son Northampton natal comme l’auteur plus haut !) pour continuer avec le même dogmatisme magazinier dans un condensé factuel résumant la vie du maître en une hagiographie éprouvante.
À ce stade on peut même se poser la question de la validité de la traduction.
L’original est-il aussi fade ou est-ce le passage au français qui lui aurait retiré sa saveur.
Il y a des détails gênants dans le texte : pourquoi cet abus du néologisme « autoconclusive » pour des histoires simplement complètes ou bêtement finies correspondant à ce que les anglo-saxons appellent en général des One-Shot même si le très rare terme « auto-conclusive » existe ? Et c’est quoi cette petite erreur page 48 :
…renvois satiriques aux célébrités de la musique comme Iggy Pop, Malcolm Mc Laren, David Bowie, Kraftwerk et Brian Eno, qui apparaissent en tant que « Brain One »…
alors que seul le producteur génial en est l’anagramme ?
Déjà la question se pose : gâchons-nous notre plaisir ?
Peut-être mais il y a plus agaçant : l’abondance d’illustrations parfois inédites est sérieusement minorée par l’absence totale de traduction de celles-ci.

Scénario inédit pour V pour vendetta. Alan Moore

Seule exception : une superbe double page d’un script inédit de Moore pour le VIe chapitre de V for Vendetta mais totalement inutile car désavoué en préalable par le dessinateur et l’auteur : si ce script n’a pas été gardé c’est simplement qu’il n’est pas bon et donc pourquoi le publier sinon par pure forfanterie ?
Bref pour un fort volume on est en droit d’hésiter à aller plus loin.
On aurait tort. Comme tout ce qui touche à Moore c’est considérablement plus complexe et il se pourrait bien que cette critique tatillonne de la mise en forme n’inhibe vraiment notre jouissance de la profondeur du sujet. Et que cette apparente simplicité ne soit justement un soucis de transparence indispensable pour bien discerner Moore et son œuvre.
Justement, Alan Moore est l’appât et la proie.
Ce sont les nombreuses citations parsemant le texte qui lui donne sa vraie saveur.
Lucides, critiques, ironiques, très souvent hilarantes les remarques de Moore sur son parcours détonnent par leurs pertinences et éclairent franchement le récit de sa vie.

Alan Moore, une biographie illustrée

Ce qui lui importe vraiment est au premier plan : la géographie de l’âme ou « psychogéographie ». On l’approche avec de simples photos de familles, touchantes dans leur vérité brute, soulignant justement l’importance de sa ville, Northampton, dont il ne s’évade que rarement et qui est même la source d’une large part de son œuvre de Big Number à La voix du feu jusqu’à Jérusalem encore plus centré sur son quartier, ses « Boroughs », et Dodgem Logic son actuel fanzine local.
À la fin on en vient à remercier M. Milligan d’avoir opté pour ce ton un peu terne.
Le contenu se suffit à lui même, une abondance de contenant aurait été redondant et aurait rendu l’ensemble vraiment épuisant. Passons donc sur les détails et plongeons au cœur du sujet : reload !

Alan Moore Re-Créateur

La vraie continuité dans cette biographie illustrée de Millidge est un arrière plan basculant souvent à l’avant scène. L’histoire étant rythmée par les guerres éditoriales mettant à feu et à sang le territoire transatlantique des comics. Conflits bien plus compliqués que les scénarios de Moore. Et parfois s’invitant même dans l’élaboration de ceux-ci.
L’imbroglio inouï de Marvelman devenu Miracleman car édité par Marvel mais avec le nom protégé d’un héros DC n’en est qu’un exemple. Guerroyant loin des territoires yankees détenantes du label, pour devenir le plus classique des héros dessinés de la verte Erin, Miracleman doit ce retournement quasi transcendantal à son nouvel auteur. Moore détourne les droits et transmue une histoire banale en une apothéose cataclysmique qui restera emblématique de son procédé. Déjà il est un magicien jouant de la réalité des fictions, un homme miraculeux métamorphosant de même le quelconque Captain Britain et devenant ainsi le maître unique des deux Supers emblématiques des terres anglaises.
La remise à zéro des Univers pour le régénérer est une constante significative. Plus que ces deux exemples anglais nombre de monstres américains vont souffrir une renaissance globale sous la plume de Moore : Swamp Thing (générant à son tour Constantine), toute l’écurie de Charlton Comics détournée vers les Watchmen, Wild Cats retombant sur leurs pattes jusqu’au reset de Supreme pour réinventer l’âge d’or de Superman.

Notes pour Supreme. Alan Moore.

Sans illusion quant à la sincérité des éditeurs il sait rompre quand il le faut, toujours pour de bonne raisons, mais avec détachement.
Ainsi ayant quitté depuis longtemps Marvel la « maison des idées » autodéfinie puis déçu par DC la « Distinguée Concurrence » il se sent plus ou moins à l’abri chez Wildstorm issu de la révolution d’Image, un putch d’auteurs contre les deux grands (des entreprises mafieuses dira-t-il plus tard) c’est toute cette nouvelle boite qui est rachetée par DC qui revient solliciter sa plume ce qui nous vaut cette analyse pertinente « DC a acquis la société avec laquelle je venais de signer des contrats. C’était à la fois flatteur et très inquiétant. Comme si j’étais poursuivi par une ex-petite amie très riche et très dingue qui serait capable d’acheter toute la rue pour se rapprocher de moi ».

L’architecture de la somme de Millidge a dû être complexe à assembler.
La trame est chronologique mais avec des flash-back et intersections.
Ainsi quand l’auteur se concentre sur From Hell, il doit parler d’une histoire écrite sur dix ans pendant lesquelles Moore bosse sur beaucoup d’autres œuvres, se brouille avec nombre d’éditeurs, découvre la magie, s’implique au théâtre et continue la musique, entre autres.
Une simple linéarité n’aurait pas été lisible donc le choix de l’auteur est pertinent.
De même il ose faire ce qu’il ne faut surtout pas faire dans l’univers geek des fans de comics : raconter les histoires ! Il se donne la place pour le faire simplement sans gâcher les intrigues de fond mais en nous permettant de retrouver le goût des histoires, mais aussi nous frustrer quand on ne les connais pas, et il y en a trop !
Ainsi l’ancien Bojeffries (trop anglais, intraduisible),

1963 (ce qu’il semble avoir fait de mieux dans sa période « Image » si l’on excepte Supreme) jusqu’au plus récent The worm sensé être un comic book plus long que la tapisserie de Bayeux : « …plus de soixante-quinze mètres. Je lui ai dit que je ne m’en sentais pas capable. Et par un de ces caprices de l’esprit, je l’ai rappelé une demi-heure plus tard pour lui dire que c’était prêt » de telles fulgurances handicapent d’emblée un espoir de publication totale chez nous.
Ainsi Outbreak of violets une histoire imprimée au dos de 24 cartes postales auxquelles ont participé pourtant nos Cabanes, Baru ou Boucq ne sera probablement jamais édité en français. Dommage le thème était « la gentillesse gratuite » parfait pour un Moore participant ou initiant même des mouvements de lutte contre toute forme d’oppression.
Comme Mirror of Love lançant un mouvement anti-homophobie contre un amendement du gouvernement conservateur de 1988 interdisant de promouvoir l’homosexualité alors « qu’il y avait moi, ma femme et notre petite amie, et on vivait ouvertement dans une relation d’un genre différent » ce ne sont pas des comics au sens traditionnel du terme : quel Dargaud éditerait ça ? Et si le faisant respecterait-il l’auteur ?
Skizz vient d’apparaitre dans les rayons de Soleil mais avec une réplique de fin que Moore précise n’avoir pas écrit !
Quant au récents Courtyard suivi du Neonomicon d’inspiration Lovecraftienne ils provoquent encore des refus, en Floride par exemple.
Le livre de Millidge nous permet au moins de les garder précisément en mémoire bien référencés avec l’espoir vague de les voir imprimés un jour autrement qu’en une VO aux bulles garnies des tournures et références complexes de Moore.

Dont l’honnêteté et l’indépendance exigeante transparait aussi comme une constante au fil des pages.
Ainsi déjà à ses débuts alors qu’il se pensait encore dessinateur et avait besoin de ce travail, il abandonne Maxwell (toujours inconnu sur nos terres) un strip proche des Peanuts écrit sous le pseudo de Jill de Ray mais à destination enfantine, à cause d’un édito homophobe du magazine qui le publie.
Plus tard en plein reload de Swamp Thing son premier vrai grand succès commercial il ose tout « on pouvait raconter des histoires sous-entendant que les Américains étaient racistes, sexistes, la totale. Et puis, j’ai écrit une histoire qui suggérait que s’ils avaient un peu moins d’armes à feu, la vie serait plus facile à vivre. Et là, ils sont devenus fous. »
Au final il saborde sa participation au sommet du récit.

Warchmen. Alan Moore, Dave Gibbons

C’est avec Watchmen que sa radicalité explose et qu’il semble retourner le principe du reload contre lui même, ce qui est son œuvre la plus reconnue, seul comics à avoir reçu le prestigieux prix Hugo de meilleur roman de SF et à figurer dans le palmarès du Times comme un des 100 plus grands roman anglophones de tous les temps, il regrette son influence sur l’histoire des comics « Watchmen a condamné les comics grand public à 20 ans d’histoires noires et prétentieuses… ce n’était pas mon intention. »  
Plus important encore, lassé des adaptations ratées de ces histoires et dégoutté par les sommes impliqués dans les films « …des centaines de millions de dollars qui n’ont quasiment rien rapportés dans un monde qui tombe en morceau… qui seraient mieux utilisés à soigner les maux du monde… plutôt que d’aller à des films bidons qui ne servent qu’à remplir deux heures de l’existence vide d’un ado occidental privilégié.. »
From Hell : à peine un résumé, La ligue des Gentleman extraordinaires un nanar complet, V pour Vendetta une adaptation laborieuse et Watchmen le moins pire qui pêche paradoxalement par un respect trop formel incapable de retrouver le fond du récit intransposable : il refuse désormais non seulement de figurer aux génériques mais même de toucher les droits conséquents qu’il laisse à ses dessinateurs, ce qui vaut le coup « juste pour voir les producteurs hollywoodiens se gratter la tête en se demandant : s’il ne veut pas de l’argent, qu’est-ce qu’il veut ? »
Peut-être une révolution par la magie !

Alan Moore « Magic of books »

Réputé pour le soin quasi maniaque apporté à ses scripts : le dessinateur doit tout savoir des intentions du scénariste qui décrit jusqu’au angles de vue ou l’atmosphère d’une scène, cette « bio illustrée » l’est vraiment avec des exemples précieux du travail initial de Moore comme ces deux doubles pages de 12×20 carrés bourrés de pattes de mouches condensant les personnages du regretté car inachevé Big Numbers. Mais cette précision n’est pas une dictature : une autre constante de Moore, rappelé tout du long du livre, est l’écoute du scénariste très ouvert aux avis de ses dessinateurs.

Notes pour Big Numbers. Alaln Moore.

Et lorsqu’il se plante il le dit, dans le cas du script de V déjà évoqué, Lloyd a des réserves, Moore lui répond de suite « je vais le refaire ». De plus Millidge souligne justement l’apport de ce dessinateur quant à l’abandon des bulles de pensée, des onomatopées et surtout de contexte narratif (pas de didascalie !). Procédé contraignant mais créatif que Moore utilisera beaucoup par la suite (From Hell, Filles perdues…)
Ainsi se dessine progressivement, au long des histoires réelles de sa vie et celles fictives tout autant ancrée dans la même réalité un Alan Moore dépassant la réinventions des univers fictifs pour redéfinir une bonne partie de notre univers commun.
D’abord à travers l’évolution de son média essentiel qu’il relance régulièrement vers de nouvelles dimensions : élément moteur dans la création de la gamme Vertigo (versant indé de DC) et essentiel pour les lendemains de la révolutions d’Image, ses apports dans l’imaginaire collectif de ces trente dernières années sont considérables.
Du steampunk maintenant omniprésent (voyez les derniers Sherlock au cinéma) avec La Ligue des Gentleman extraordinaires aux Héros de la Sciences avec le rétrofuturisme de Tom Strong exploité entres autres par les Agents de l’Atlas et le X-Club de Marvel ou les séries SyFy comme Eureka ou Warehouse 13 pour ne citer que quelques exemples.
Regardez autour de vous vous vivez déjà dans un univers Moorien !

Et quand il s’attaque aux tabous ce n’est pas gratuit : couple mixte dans Tom Strong (il sera surpris de constater que personne avant lui n’avait envisagé ce cas, pourtant normal, dans un comics), Inceste assumé dans Top Ten (dans les fables les rapports scandaleux sont au contraire la trame du mythe), pornographie innocentée dans Filles perdues (même les enfants perdues ont le droit de grandir et d’avoir une sexualité) : dans aucun cas il ne s’agit de provocation autre qu’à s’extasier et réfléchir.
Inventeur il anticipe même les excès découlant de ses avancées, on l’a vu avec Watchmen, il l’illustre encore mieux après un travail de documentation phénoménal accompli avec Bill Sienkiewicz pour Brought to light que l’on pourrait considérer à la fois comme précurseur des théories conspirationnistes (la CIA est violemment disséquée) et dans le même temps dénoncée. « Si j’ai appris quelque chose sur la théorie de la conspiration, c’est que ses adeptes croient en une conspiration parce que c’est plus réconfortant. La vérité, c’est que le monde est chaotique. Ce ne sont pas les banquiers juifs, les petits gris ou les géants reptiliens d’une autre dimension qui contrôlent le monde. Personne n’est aux commandes, et c’est ça qui fait peur : un monde à la dérive ». Dit quelqu’un qui a découvert son propre dieu personnel en plein travail sur From Hell.
Car depuis quelques temps déjà Alan Moore a retourné radicalement son propre univers avec la seule réponse possible quand on fait s’interpénétrer aussi intimement fiction et réalité : la magie !
Dans From Hell, Gull, possible Jack, déclare : « L’unique endroit où les dieux existent sans aucun doute est dans nos esprits… En  écrivant ça j’ai compris que c’était exact et que j’allais devoir réorganiser toute ma vie selon cette vérité. »
Dont acte et avis à ses amis de le garder à l’œil, on ne sais jamais !

Découpage pour From Hell. Alan Moore.

Plus fort, pour retourner définitivement la magie dans ses abîmes, après avoir découvert Glycon son dieu perso à la suite d’un rituel, il découvre qu’il ne s’agit que d’une escroquerie d’un faux prophète « Pour moi c’est parfait. Si je dois avoir un dieu autant que ce soit un canular… Pour moi c’est l’idée du dieu qui sert de dieu… » Il en rencontrera d’autres sans perdre pour autant sa distance ironique !
Cette implication sans dilettantisme est souligné dans toute la dernière partie du livre.
Commencée par le dessin puis par les scénarios l’œuvre de Moore est bien plus vaste.

Alan Moore avec David J

Milladge réussit à explorer l’ensemble de ses activités, prouesse réelle tant maintenant tout s’interpénètre. Et toutes ses recherches méritent aussi des analyses conséquentes car rien que pour la music il y a pléthore !
Ami depuis toujours de personnages comme David J, bassiste de Bauhaus (ressuscité il y a deux ans mais remort depuis) on découvre que c’est lui l’auteur du poème de Mask un des premier album du groupe. Il crée et participe activement dans cette mouvance que l’on pourrait qualifier de psychédélisme expérimental post-punk, Milladge insère un précieux cd d’une vingtaine de titres prouvant le sérieux de la démarche (et me frustrant par le rappel de morceau diffusés jadis pas mes soins sur des ondes scandant l’Intox du 666 et que j’avais oublié, un autre intérêt de ce livre : nous forcer à nous souvenir et à rechercher !).
Ses livres de La voix du feu à Jerusalem sont au moins aussi ambitieux que ces scénarios, bâtis sur des principes similaires quasi mathématiques et encore plus centrés sur sa tanière de Northampton dont il ne semble s’échapper que pour des expériences théâtrales londoniennes souvent magiques et chamaniques avec « Le grand théâtre égyptien des merveilles du Soleil et de la Lune ».
The Birth Caul aura une aura impressionnante, Unerthing un succès colossal, des travaux placés sous les égides d’anciens mémorables comme William Blake, ou Arthur Machen touchant une autre communauté « les magiciens que j’ai rencontré là-bas étaient stupéfiés : personne ne fait ce genre de chose en magie ».

Millidge ne négligeant pas ses scénarios, souvent avortés, pour la télé, ses activités journalistiques (il est quand même le premier à avoir interviewé Bauhaus), ses nombreuses préfaces ou introductions mais aussi les études dont il est le sujet, émissions, documentaires ou thèses, il faudra considérer tout ceci comme ses pièces : inaccessibles à qui n’habite pas Northampton et ses environs (jusqu’à Londres disons !)

Enfin maintenant il se consacre aussi à Dodgem Magic son fanzine local mais riche de ses amis et de ses inédits et seul internet ne mérite pas son intérêt.
Mais bien sur le web s’intéresse beaucoup à lui, Millidge nous conseille :
http://glycon.livejournal.com/
c’est pittoresque et bourré de texte, en cherchant un peu.

Cette « bio illustrée » se termine sur un « processus créatif » un peu redondant par rapport à l’abondance de ce qui précède tout en constituant un bon résumé. Mais ce n’est pas suffisant pour l’auteur qui tout en avouant l’impossibilité d’une bibliographie complète nous offre une chronologie sur deux doubles pages pliantes avec les œuvres du maître déployées dans leur ordre temporel sur plusieurs strates.

Et maintenant où en sommes-nous avec Moore ? Millidge a réussi sa mission en démontrant par l’exemple que condenser en un livre une œuvre en perpétuelle évolution ne peut aboutir qu’au vertige. Un effet collatéral des recherches magiques formant la trame des scénarios multi-référencés de Moore. Le but étant de créer une synchronicité entre réel et fiction.
Bien qu’ayant abandonné les comics nous attendons au moins la fin de La Ligue. Véritable tour de force sous estimé mais révisé à la lueur des fulgurances de son troisième volume (et des Black Dossiers cf in EO Alan Moore Century 1969). Aboutissant à un entrelac de significations croisées entre fiction & réalité au delà de la coïncidence que je n’ai vu bien décrite que dans deux autres biographies paradoxales :
Philip K.Dick par Emmanuel Carrière et La folle du sacré cœur sur et par Jodorowsky avec qui Moore a plus d’une ressemblance ne serait-ce que sous l’angle de la magie et la folie littéraire, il ne se sont jamais rencontrés, il serait peut-être temps, non ?
« Si vous aviez vu leur tête quand j’ai dit « je crois que je vais devenir magicien ». La moitié avait peur parce qu’ils croyaient que j’était devenu fou. L’autre moitié avait peur au cas où ça ne serait pas le cas » ça pourrait aussi être du Jodo !

Alan Moore dans Unearthing

Enfin, mais « rien ne fini jamais » il aura donné à la création graphique la place qu’elle mérite. en rendant impuissant d’autres média comme le cinéma, sensés être plus prestigieux, mais incapables de rendre la richesse d’une BD.
Entrecroiser des histoires dans l’histoire, donner une part de récit aux passants qui traversent l’image, faire tourner des réflexions s’enrichissant mutuellement grâce à l’image rythmé par l’habileté des auteurs et l’œil libre du lecteur, aboutir à une apocalypse visuelle comme dans Promethea :
« Il n’y a aucun autre médium au monde capable de faire tout ça ».

[ÉRIC FLUX]

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3 réponses à “Alan Moore, une biographie illustrée

  1. Hier soir, en lisant le texte, j’ai tiqué sur la référence au Sherlock la série télé. Je me suis dit que vous dérailliez complètement puisque la série télé est de l’anti SteamPunk par excellence puisqu’elle tente d’inscrire le personnage dans une réalité contemporaine dans sa technologie même.
    Et puis, je me suis dit que vous faisiez référence au fait de réutiliser un personnage victorien pour l’actualiser. En relisant le texte, je me rends compte que ma première impression était la bonne. La série télé est plus proche du Dr House que de Moore, désolé.
    Quant au scénariste, je n’ai vraiment accroché qu’à la première série de la League -j’ai trouvé la version 1900 assez… nulle ? Tom Strong, gentil. Et oui, d’accord, Watchmen mais il a fallut la sortie du film pour que je me décide à le lire. Quant à From Hell, toujours pas fait. Le dessin me fait pleurer des larmes de sang…

    • Eh oui Li An tu dérailles puisqu’Eric fait référence au Sherlock au cinéma (avec Jude Law en Watson et Iron man en Sherlock) et non à la série de la BBC, scénarisée par Moffat, qui est en effet une excellente mise à jour du personnage. Et effectivement House a tout pompé Sherlock !

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