L’Ours Barnabé de Philippe Coudray (par Jean-Luc Coudray)

Exposition L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

Le dessin de l’Ours Barnabé, dans l’esprit ligne claire, est stylisé sans l’aspect caricatural de Disney, lisible sans la construction architecturale de Pif. Philippe Coudray préfère la sensibilité du trait aux emboîtements géométriques. Le dessin intuitif exprime la nature et le rêve. Malgré une apparence classique liée à sa clarté, le graphisme est souple et poétique, dans la filiation du dessin d’humour.
L’Ours Barnabé apparaît bonhomme. En vérité, le personnage dissimule une perspicacité à toute épreuve qui démonte les mécanismes de la logique et de la nature avec une aisance presque passive. Les gags, construits sur des rapprochements inattendus, dévoilent, derrière les apparences, des raisons nouvelles et nous enseignent des liens invisibles.
Les ressorts sont subtils mais la compréhension aisée. L’humour se fonde sur l’intelligence et non la bêtise. C’est dans un univers de respect que cette bande dessinée construit d’autres visions.
La fluidité de la lecture et la lisibilité des paradoxes rendent cette création accessible aux enfants, en même temps que sa profondeur en fait une œuvre universelle.
[JEAN-LUC COUDRAY]

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

« L’Ours est l’homme inconscient, donc spontané et créatif. »

Philippe Coudray

JEAN-LUC COUDRAY : Nous savons que l’homme de Néanderthal mélangeait dans ses tombes les os néanderthaliens et ceux des ours. Ton personnage L’Ours Barnabé et ton intérêt pour le bigfoot ne procèdent-ils pas d’un même type de mélange ?
PHILIPPE COUDRAY : En réalité, si les singes n’avaient pas existé, c’est sans doute l’ours qui aurait évolué vers l’homme. Il est plantigrade, aime se redresser et n’a (pratiquement) pas de queue. Il faut savoir que le panda a carrément développé un sixième doigt aux pattes avant qui lui sert de pouce pour attraper les bambous.

J.-L. C. : L’ours est le dernier grand fauve d’Europe. Le choisir comme personnage est-il une tentative de résister à l’artificialisation de nos vies ?
P. C. : Oui, l’inconscient chez l’homme est sa partie naturelle. L’Ours est l’homme inconscient, donc spontané et créatif.

J.-L. C. : Ranges-tu les artistes, les fous, les mystiques et les ours dans la même catégorie ?
P. C. : Les artistes, les fous et les mystiques sont ceux qui ne se limitent pas à la raison. La nature ne raisonne pas, n’a donc aucune limite, et c’est là sa réussite. Ainsi les ours sont des êtres complets.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé résout souvent des problèmes en restant passif. La qualité de l’être suffit-elle à résoudre les problèmes ?
P. C. : Pas toujours, mais très souvent, oui.

J.-L. C. : L’ours, velu, fort, est chez lui dehors, comme d’ailleurs le bigfoot. Or, le paradis est un jardin et non une maison. Est-ce à dire que c’est la maison, dans laquelle nous sommes obligés de nous replier, qui symbolise la perte du paradis ?
P. C. : La maison de l’Ours, c’est son corps. Nous autres sommes comme des bernard l’hermite qui ont besoin de se fabriquer une coquille.

J.-L. C. : Quelle différence fais-tu entre l’humour absurde et celui de L’Ours Barnabé ?
P. C. : L’humour absurde est une facilité qui ne mène à rien. Cela crée un pur effet comique sans lendemain. L’humour de l’Ours Barnabé est censé avoir un sens.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : Le lapin appelle-t-il quelquefois l’Ours Barnabé par son prénom et lui-même a-t-il un prénom ?
P. C. : Non. Il s’appelle “le lapin”. Il n’a pas de prénom parce qu’il n’a rien à défendre.

J.-L. C. : Les gags sont quelquefois graphiques, quelquefois verbaux. Lesquels sont les plus difficiles à trouver ?
P. C. : Il me semble que les gags graphiques sont plus difficiles à trouver parce que les contraintes sont plus fortes.

J.-L. C. : Tout l’univers de L’Ours Barnabé est-il une simple mise en place pour amener au gag ou, au contraire, le gag est-il la légitimation pour présenter un univers ?
P. C. : À la base, tout est prétexte au gag. Si un univers s’en dégage, c’est involontaire.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : Les chutes sont humoristiques mais l’univers de L’Ours Barnabé est poétique. Cet univers poétique est-il un garant de moralité ?
P. C. : Non. Il peut y avoir une poésie dans l’immoralité, mais peut-être pas dans la méchanceté.

J.-L. C. : La nature dans laquelle évolue l’Ours Barnabé est pénétrable mais sans humains. Elle est donc faite pour les hommes mais on y voit exceptionnellement des hommes. L’Ours Barnabé serait-il un gardien contre les hommes ?
P. C. : Il se méfie naturellement des hommes comme le yéti. Il préfère les éviter.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé semble un travail de vulgarisation. Les paradoxes et subtilités du réel sont mises à disposition de tous les esprits, adultes et enfants. Pourrait-on dire que cette œuvre est une “vulgarisation de l’intelligence” ?
P. C. : Oui, la formule est bonne.

J.-L. C. : Penses-tu que la diffusion de L’Ours Barnabé permet de lutter contre le travail de crétinisation de la jeunesse orchestré par l’effondrement du niveau culturel des chaînes de télévision et la propagande publicitaire adressée aux enfants ?
P. C. : Sans doute.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé est-il carnivore ?
P. C. : Il peut être insectivore et piscivore, mais évite de dévorer ses amis.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé serait-il plus proche de la bande dessinée ou du dessin d’humour ?
P. C. : Il est plus proche du dessin d’humour parce que l’objet est le gag et non la narration.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé est-il un maître spirituel ?
P. C. : Il l’est pour le lapin et pour lui-même.

Exposition L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

PHILIPPE COUDRAY : Concernant l’exposition, je travaille en collaboration avec le commissaire d’exposition, principalement Romain Gallissot. Il y a des propositions qui viennent de lui, comme l’idée d’exposer des parodies de l’Ours Barnabé de la part d’auteurs de BD ou d’illustration, ou le fait d’exposer des planches d’enfants sur le thème de la série, et d’autres qui viennent de moi, comme le fait d’exposer une galerie de peintures (10 en tout que je suis en train de peindre en ce moment) représentant les ancêtres de Barnabé et du lapin à travers les âges (depuis les grottes de Lascaux jusqu’à nos jours), peints chaque fois dans le style de l’époque, ou un dessin stéréo de l’Ours Barnabé.
L’actualité de cette exposition a accéléré la publication de l’Intégrale tome 2 de l’Ours Barnabé qui reprend 4 autres albums épuisés des éditions Mango, et qui interviendra pour Angoulême. D’ailleurs, la série L’Ours Barnabé a été entièrement rachetée par les éditions La Boîte à Bulles, qui concentre aujourd’hui l’intégralité des planches.
Je serai présent les quatre jours du festival. Il y a des chances que je dédicace les albums dans le lieu même de l’exposition (Musée du Papier).
Cette exposition sera composée de :
– Planches et dessins originaux
– Tirages couleurs de planches et dessins
– Biographie de l’auteur et historique de la série
– Ancêtres de Barnabé : une dizaine de toiles
– Projet de réalisation de courts-métrages par les étudiants de l’EMCA
(École des Métiers du Cinéma d’Animation) sur l’Ours Barnabé
– Science / expérience / enigmes : avec les petits débrouillards, proposition de quelques ateliers de manipulation permettant d’explorer quelques concepts scientifiques
– Barnabé et l’école : un espace qui montrera le lien étroit entre Barnabé et l’école,
depuis la publication dans Amis-Coop en 1981 jusqu’au prix des écoles à Angoulème en 2011
– Un espace Parodies
– Un « papertoy » : découpage-pliage réalisé par l’illustrateur Gaël Gibot.
– Exposition de livres étrangers de l’Ours Barnabé (américain, allemands et japonais)
– Un coin bibliothèque
– Il est même prévu un goûter pour les enfants avec un producteur de pomme local (à confirmer).
Elle aura lieu du 26 au 29 janvier 2012 de 10h à 19h, et sur rendez-vous, sera prolongée jusqu’au 3 février pour les scolaires du Grand Angoulême.

L’Ours Barnabé a reçu le Prix des Écoles d’Angoulême 2011.

L’exposition a lieu au Musée du Papier, Route de Bordeaux à Angoulême.

Le site de Philippe Coudray.

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3 réflexions sur “L’Ours Barnabé de Philippe Coudray (par Jean-Luc Coudray)

  1. Dommage que je n’habite pas dans la région. Et oui on ne choisis pas ses sponsors encore heureux qu’ils soient là sinon beaucoup de personnes talentueuses ne seraient jamais reconnues!

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