Will Eisner’s Spirit. The new adventures

Brian Bolland

Sans refaire l’histoire du Spirit, rappelons seulement que Will Eisner à cessé d’animer ses aventures en 1952 pour se consacrer à la publicité et à la « maintenance » militaire (gasp !) avant de se relancer dans la bande dessinée à la fin des années 1970, période créative qui ne s’achèvera qu’à sa mort en 2005.

Il s’est toujours refusé à reprendre le personnage dont il détenait les droits ou de laisser d’autres auteurs lui faire vivre de nouvelles aventures comme c’est pourtant la coutume aux États-Unis. Mais le Spirit n’est pas vraiment un super-héros et ses aventures hebdomadaires étaient surtout un prétexte à Will Eisner pour explorer toute une palette d’histoires et de genres : humoristique, littéraire, « film noir », aventure… Cette longue éclipse explique en partie le manque de notoriété du personnage (Frank Miller en a d’ailleurs fait les frais avec son adaptation infidèle mais plutôt intéressante au cinéma en 2008).

Pendant plus de 40 ans donc et surtout à partir de la redécouverte du personnage dans les années 1980 le Spirit est resté dans les cartons d’Eisner malgré la pression des lecteurs et de son éditeur Denis Kitchen. Mais Eisner a toujours préféré consacrer le temps qui lui restait à innover avec ses romans graphiques (Un bail avec Dieu ou Le Complot en passant par Big City ou Au cœur de la tempête) ou à ses ouvrages théoriques (Clés de la bande dessinée).

Paul Pope

Finalement une solution plus classique pour contenter les amateurs est apparue en 1998, du vivant de Eisner donc, sous la forme d’une série de comics Spirit. The new adventures, aujourd’hui réédité par Dark House, en anglais donc, dans le dernier tome de l’intégrale des aventures du Spirit que DC Comics vient de terminer (27 tomes quand même !).

Comme souvent avec les ouvrages collectifs, le résultat est inégal et décevant. Beaucoup d’auteurs se contentent d’une relecture un peu modernisée du personnage et les dessinateurs ne sont pas toujours à la hauteur. Plus grave à mes yeux, ils ne respectent pas ce qui faisait la spécificité et une contrainte presque oubapienne du Spirit : la splash page (première page d’introduction composée d’une grande image) et surtout la pagination contrainte à 7 pages.

Alan Moore. Dave Gibbons

Heureusement émergent de ce collectif les quatre histoires scénarisées par Alan Moore. Les trois premières illustrées par Dave Gibbons (le duo retrouvé de Watchmen), tel un « reboot » reviennent sur les origines du Spirit et sur sa première confrontation avec le Docteur Cobra. Brillant ! La quatrième histoire, illustrée par Daniel Torres, l’auteur de Roco Vargas, inattendu ici, projette le Siprit dans un futur mélancolique.

Alan Moore. Daniel Torrès

D’autres stars s’en sortent plutôt bien, Neil Gaiman et Eddie Campbell, Paul Chadwick ou Paul Pope. D’autres comme Mœbius ne font que passer et se contentent d’une illustration (Son Spirit ressemble plutôt à Bogart !).

Mœbius

Finalement Spirit. The new adventures est un peu un hors-d’œuvre à la reprise pérenne cette fois qui a eu lieu quelques années plus tard par Darwin Cooke (4 volumes en france) puis par Sergio Aragonès (en cours). Même si il est graphiquement superbe ce nouveau Spirit de Cooke ou Aragonès souffre cependant d’histoires sans grandes ambitions.
On peut juste rêver du chef-d’œuvre que cela aurait pu être si Alan Moore était resté au scénario.

[ERIC TAO]

• Quelques pages de Spirit New adventures (la première histoire d’Alan Moore et Dave Gibbon), ici ou .
• L’intégrale se trouve facilement en import.

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2 réponses à “Will Eisner’s Spirit. The new adventures

  1. Le concept de reprise est une facilité éditoriale. Autant on peut le comprendre jusque dans les années 70 où l’auteur est un artisan au service des maisons d’édition, autant c’est aujourd’hui une forme de démission – ou alors il faut accepter le terme de « commercial » et « industrie » et ne pas prétendre à faire l’auteur. Évidemment, on trouvera toujours des contre-exemples mais j’ai peur que ce soit une évolution de fond: les auteurs vont perdre du pouvoir.

    • Tout à fait d’accord pour la BD franco-belge (à l’exception du Spirou de Franquin supérieur à l’original). Pour les comics, le personnage est de tout façon presque par définition destiné à être repris sans fin par une multitude d’auteurs. Le Spirit était une exception, peut-être parce qu’Eisner avait une « sensibilité » beaucoup plus littéraires et que le personnage avait peu de potentiel commercial ou industriel.

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