Robinet d’amour, d’Amandine Urruty

Empress, 37x50cm, crayons de couleur, 2010.

A la fois mignon et dérangeant (mais jamais malsain), l’univers anthropomorphique d’Amandine Urruty nécessite que l’on prenne un peu de temps pour s’immerger dans ses dessins. L’effet de surprise passé, ses images énigmatiques nous deviennent familières et la poésie qui s’en dégage a quelque chose à voir avec l’enfance.

Robinet d'Amour, 50x60cm, crayons de couleur, 2010


« 
Mon idée était de créer des dessins à double fond, colorés et enfantins à première vue, mais légèrement plus répugnants lorsque l’on s’attarde »

Amandine Urruty par Annabelle Lourenço

EO : Qu’est-ce que le « robinet d’amour » ?
AMANDINE URRUTY : Le livre traitant, à mon goût, essentiellement de romance, il me semblait nécessaire d’inclure dans le titre le terme « amour ».
C’est ainsi que je me suis souvenue avoir vu, dans un livre que m’avait prêté un ami sur les tatouages de légionnaires, de somptueuses photos de bas-ventres sur lesquels on pouvait lire, juste au-dessus du pubis, « Robinet d’Amour ».
Je me suis donc dit : « Bingo ».

EO : « Et lassata viris necdum satiata recessit »(1), la citation de Juvénal que vous placez en sous titre de votre album doit-elle nous faire penser qu’il sera question de volupté ou de frustration?
A. U. : Effectivement, il y a est certainement question de frustration, de luxure et d’écume aux lèvres, mais aussi de peur monstre, de faim et d’ennui.

EO : Quels effets aimeriez-vous que vos illustrations aient sur les lecteurs ? 
A. U. : Je crois que l’effet provoqué par mes images est facilement identifiable : c’est un effet double, attractif et répulsif. Mon idée était initialement de créer des dessins à double fond, colorés et enfantins à première vue, mais légèrement plus répugnants lorsque l’on s’attarde à les regarder un petit peu plus.

Morve, 36x52cm, crayons de couleur, 2010

EO : Quelle importance accordez-vous aux symboles (dont beaucoup de vos illustrations sont remplies) ? Sont-ils là pour des raisons purement graphiques ou y voyez-vous un langage à utiliser pour toucher plus profondément le lecteur ?
A. U. : L’une de mes lectures favorites est celle de mon dictionnaire de symboles. J’ai toujours été fascinée par la multiplicité, la richesse, voire par le caractère contradictoire des signification associées à un même symbole. L’utilisation que j’en fais dans mes dessins n’est pas vraiment gratuite, disons qu’elle est aléatoire. Mais elle accompagne toujours la petite saynète présentée, en usant de symboles communs ou en en créant de nouveaux, souvent piochés dans les objets du quotidien.

EO : Où vous situez-vous dans le domaine particulier du « dessin animalier » (dans le sens où l’on parle également de bande dessinée animalière) ? Cela vous rattache-t-il à l’enfance ?
A. U. : Le dessin animalier s’est imposé à moi de façon naturelle. Après avoir passé de longues années étant enfant à dessiner des chevaux, je me suis plus tard recentrée sur les chiens (déguisés de préférence). Il m’a donc semblé logique, lorsqu’il fut question de créer des personnages plus humains, d’en faire des créatures hybrides.

Piano, 50x50cm, crayons de couleur, 2010. Réalisé pour la couverture d'une compilation de netlabels, "Greatest It".

EO : Le choix de votre technique de dessin, le crayon de couleur, est-il une volonté particulière de vous démarquer de tous les auteurs qui travaillent sur ordinateur ?
A. U. : Au départ, j’ai choisi le crayon pour des raisons pratiques : étant assez peu douée pour la peinture, et mon espace de travail étant mon matelas, ce médium semblait totalement fait pour moi.
Ce n’était donc pas une volonté de me démarquer des autres, mais il est vrai que j’ai personnellement un rapport assez problématique à l’ordinateur. Pour moi, je crois qu’il est essentiel que les images aient une réalité physique, qu’il en existe un original.
C’est pourquoi je crains de ne jamais pouvoir fabriquer d’images uniquement informatiques.

EO : Lorsque vous concevez vos dessins, avez-vous une histoire en tête. Est-ce le lecteur qui se l’invente de toute pièce ?
Oui, mes dessins sont conçus étape par étape autour d’une histoire, un peu trouble certes, mais réelle. Il s’agit parfois de références quelques peu codées à mes aventures quotidiennes.

Noisettes, 61x91cm, crayons de couleur, 2009. Réalisé pour l'exposition "Rock Art" à Rock en Seine

EO : Vos illustrations se suffisent à elles-mêmes. Pensez-vous pouvoir adapter votre univers aux textes d’autres auteurs. D’ailleurs avez-vous des projets dans ce sens ?
Oui, j’imagine que cela doit être possible !

EO : Et la bande dessinée ? Peut-on imaginer voir vos personnages dans des aventures en cases ?
A. U. : Je n’aime pas trop les cases, ni les bulles d’ailleurs, mais il est tout à fait possible que je me lance dans un projet un peu plus narratif très bientôt…

Questions : [ÉRIC D. ]

(1) Elle quitte (les lieux de débauche], épuisée par les hommes mais non pas repue.

Ride, 38x55cm, crayons de couleur, 2010


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Une réponse à “Robinet d’amour, d’Amandine Urruty

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