C’est un oiseau…

…finalement la vraie et, je l’espère, la réponse finale à cette question un peu récurrente dans ce blog : ce serait quoi un super-héros dans la réalité ?
On l’a vu si ce n’est pas un Kick-Ass même armé d’un Rayon de la mort ni vraiment un Défendor ça reste un personnage fictif animé par les besoins réels de divers scénaristes et dessinateurs. Donc cette réponse réside dans les motivations d’un créateur de fiction et justement, C’est un oiseau… se concentre sur les raisons que pourrait avoir un scénariste en vogue pour refuser de reprendre le récit du plus grand héros de BD de tous les temps (mais « pas en termes de ventes » nous est-il rappelé régulièrement avec humour et humeur).

C'est un oiseau. Steven T. Seagle. Teddy Kristiansen

L’auteur Steven T. Seagle (Grendel, Uncanny-X-Men) avoue des similarités avec son personnage. Et il est proche de son dessinateur Teddy Kristiansen (Sandman) avec qui il a déjà travaillé sur La maison des secrets. Et il lui vole ici la vedette avec une gamme d’illustration très variée. On retrouve son style brumeux habituel mais aussi des exercices de styles beaucoup plus aventureux et généralement très réussies. Pour l’histoire, disons qu’elle est finalement très new-yorkaise ! Une accroche fixée par un trauma dans l’enfance et développée par un secret de famille, une crise personnelle qui se développe dans un milieu social défini (le monde des comics du cru, la copine, la famille) trouve son apogée dans un blocage total et se résout par un transfert émotionnel libérateur. Du classique psychologique post-moderne donc.

C'est un oiseau. Steven T. Seagle. Teddy Kristiansen

Et le surhomme dans tout ça ? Il cristallise la crise, permet de voir comment un auteur perturbé utilise tout ce qui passe dans les remous de sa vie pour alimenter une fiction. Un des vrais enjeux de l’histoire aux multiples intérêts. Ainsi : il lutte contre la légende, n’en veut pas, et passe le mythe au crible pour justifier un refus qu’il n’assume pas. Alors qu’on pouvait attendre une réflexion profonde sur la bible du personnage, celui-ci se trouve réduit à ce qu’il est : une légende récente (contradiction dans les termes, une légende c’est au moins millénaire quant aux mythes…) et bourrée de clichés. Mais une proto-légende qui fonctionne quant il s’agit de retrouver la simplicité de l’héroïsme quotidien, familier, social « On aurait besoin d’un peu plus de justice dans le monde réel. Surtout les gamins. Ils devraient lire plus de BD » lui dit un « ouvrier du bâtiment » qu’il snobe : « Vous seriez surpris de la morale des séries d’aujourd’hui. Ca a pas mal changé depuis qu’on était gamins ». C’est cette profonde légèreté que l’auteur retrouvera tant bien que mal en griffonnant en permanence sa propre vie sous le regard du « Big Blue » au grand S. Le super-héros c’est bien un oiseau, juste une idée quelque part au-delà des nuages, une morale naïve à l’américaine sous-catégorie blasée, à la new-yorkaise mais en réel devenir.
Ce sont des réécritures de ce genre qui donne à Superman une possibilité de s’inscrire un jour dans les cieux des vraies légendes des grands anciens.

[ERIC FLUX]

• Le blog de Teddy Kristiansen.

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