5 cm par seconde, de Makoto Shinkaï

5 cm par seconde, la vitesse à laquelle chutent les fleurs de cerisiers. Plus loin, un convoi emmène les éléments d’une fusée, il circule seulement 25 fois plus vite. Environ 5 km/h dit Takaki à la fille qui n’ose se déclarer. Lui tape des mots sur son mobile mais ne les envoie pas. Isolé dans ses souvenirs, sa plus haute tour, chantant pour lui même sa chanson à une seule asservie, une autre, laissée dans son enfance que par délicatesse il a perdu. Elles et lui sont les narrateurs de leurs propres errements, « même en s’échangeant un millier de messages nos cœurs ne se rapprocheront probablement pas d’1 cm l’un de l’autre » pense-t-il vers la fin. Autour, d’eux, de lui et d’Akari, la troisième voix, la destinataire perdue de ses textes, de la première minute jusqu’au générique de fin, tout au long de ses 3 fois 20 mn de « Short stories about their distance ». Des images d’une beauté écrasante, terrible, effrayante presque. Chaque plan est magnifié avec cruauté tant la réalité est crue. Chaque lumière statique ou mouvante, artificielle, solaire ou lunaire, chaque halo, ombre portée, vague où l’on surfe, reflet de flaque ou goutte de larme éblouie au point d’effacer des personnage en voie d’évanouissement. Lointains à eux-même, transparents et sans lourdeur si ce n’est l’attachement à des passions figées dans le temps.


C’est là que l’on va saisir l’auteur Makoto Shinkaï. Dans La voix des étoiles son premier court (entièrement réalisé par lui et son ordi, multiples prix), la fille s’éloigne dans la fusée, très loin dans les étoiles, envoyant au garçon resté à Terre des textes de plus en plus raréfiés par la distance. La fin est de SF, grandiose. Dans sa seconde œuvre, La tour au-delà des nuages, il faut toute la complexité d’une SF quantique pour éliminer l’éloignement temporel, spatial et même onirique. Et encore, à la lumière d’une passion enfantine. Et toujours des nuages flamboyants ou dessinant des volumes de pluie, des néons qui reflètent des ombres sur des bancs de classe, des trains dont le mouvement découpe précisément des éclairages au-delà de l’artifice. Même l’environnement sonore est précis, suggestif, quasi coloré. Nous avons donc des êtres soumis à « l’écrasant poids du temps » figuré par cette beauté perpétuelle qui les entoure, eux même animés par des passions qui leur font prendre des orbites en continuelles éloignement les unes des autres. Seule point de comparaison dans le traitement de ce genre d’horreur, je ne vois qu’Il était une fois en Amérique mais là où Sergio Leone a besoin de flingue, de libido, d’avidité diverses et spectaculaires, pour détruire une vie, Makoto Shinkaï se contente de lettre envolée dans une gare, de siège vide et tout de même de l’envol lointain d’une fusée pour anéantir des tentatives désespérées de rapprochement. La fin elle-même est incertaine, en fait dans ce cadre il ne peut y en avoir vraiment. Dans La tour au-delà des nuages il est dit que « le soleil prend son temps pour se coucher » et certes rien ne presse, que n’attendent ses personnages pour se croiser vraiment, que le hasard peut-être fasse que le temps vienne où les cœurs…
[ERIC FLUX]

5 cm par second (en coffret avec La voix des étoiles) et La tour au-delà des nuages sont disponibles chez Kaze.

Le court métrage, She and her cat


La bande annonce de Children who Chase Lost Voices from Deep Below, le prochain film de Makoto Shinkaï (sortie prévue en 2011)

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