4-Les Plumes. Anne Baraou (Questions de François Ayroles)

Anne BaraouFRANCOIS AYROLES : Quatre écrivains, quatre hommes : tu serais pas un peu misogyne ? Avec quatre femmes, ça n’aurait pas marché ? Comment arrives-tu à te mettre dans la peau de tous ces hommes (toi qui n’est qu’une femme) ?
ANNE BARAOU : Après plusieurs centaines de pages pleines de personnages féminins (Une demi-douzaine d’elles avec Fanny Dalle-Rive, Quadrature avec Anna Sommer, La Bd des (jeunes) filles avec Colonel Moutarde), c’est vrai que j’en avais un peu assez. Quatre femmes écrivains se retrouvant régulièrement dans un troquet de quartier ? Non, personne n’y croirait. Bon, quatre collègues masculins, quel que soit le domaine, ça finit toujours par être un peu misogyne, question de réalisme.
À vrai dire, il m’arrive souvent de changer le sexe d’un personnage sans changer la moindre ligne de scénario ou de dialogue, je n’ai jamais fait beaucoup de différence entre les hommes et les femmes, peut-être parce que j’ai eu un grand frère et joué avec des garçons toute mon enfance. J’ai toujours été à l’aise dans des ambiances masculines. Sans compter que les écrivains ne représentent pas particulièrement qu’il y a de plus mâles chez les hommes. Euh, faudrait peut-être un smiley, ici.

F. A. : Comment trouves-tu les noms des personnages : Greul, Alpodraco, Inscht, Malard ?
ANNE BARAOU : J’en voulais un qui grogne : Greul (hier, un ami Suisse allemand me parlait du mot «Gräuel» qu’on écrivait encore il y a quelques années «Greuel» et qui veut dire «atrocités» en allemand, je ne savais pas). Un maladif avec une sorte de simplicité classe : Malard. Un qu’on ait un peu de mal à prononcer, un peu étranger, peut-être juif : Inscht. Un à consonance latine, légèrement ténébreuse, avec possibilité de diminutif : Alpodraco.

Les Plumes. 2010.

F. A. : Avais-tu une idée de leur allure avant que je les dessine ?
ANNE BARAOU : Pas vraiment. Je n’ai pas pris l’habitude de donner tellement d’indications en ce sens aux dessinateurs parce que j’adore découvrir leur propre interprétation des personnages après lecture du scénario. Tu t’es sans doute servi de leur noms, on a aussi parlé de gens qu’on connaissait. Ensuite, j’ai fait les autres histoires en connaissant leur allure, par exemple pour Inscht qui est gros parce que tu l’as dessiné gros.

F. A. : Bon, tu peux me l’avouer maintenant : quelles sont les contraintes à l’œuvre ?
ANNE BARAOU : Peut-on tenter d’appeler contrainte un objectif ? Non, hein. L’objectif était de soutenir plusieurs relectures. De varier les mises en scènes et les jeux de langages, en plus de partager quelques questionnements humains.

F. A. : Qu’es-tu prête à offrir à la première personne qui remarquera l’erreur de fabrication ?
ANNE BARAOU : C’est une erreur de vérification de ma part. J’ai vérifié plusieurs fois beaucoup de choses mais pas l’ordre de chaque page dans chaque scène. Deux sont inversées. Ça ne se voit pas forcément car à cet endroit-là, c’est une narration en parallèle, mais c’était plus fluide dans le bon sens. Je n’ai malheureusement rien à offrir, je suis extrêmement démunie. Achetez mes livres, je vous en supplie.

F. A. : N’as-tu pas des projets ou des envies d’écrire pour autre chose que la bande dessinée (scénariste de BD, socialement c’est moyen) ?
ANNE BARAOU : Oui, c’est très moyen. J’aurais dû faire pilote de l’air. Ça, c’est la classe. Mais en matière d’écriture, les secteurs sont assez cloisonnés, sauf si l’on a un gros succès commercial. J’ai parfois envie d’écrire un roman jeunesse pour ma fille mais elle a déjà huit ans. Peut-être pour ses enfants.

F. A. : Si tu avais le choix (ou si on te forçait) quelle série reprendrais-tu à ta sauce (Blake & Mortimer, Michel Vaillant, Julie Wood, Aggie, etc.) ?
ANNE BARAOU : Je ne saurais jamais faire des choses trop femmes-femmes ou trop hommes-hommes comme les séries que tu cites. Et je n’oserais jamais reprendre une série que j’admire. Alors, euh, le Scrameustache ?

F. A. : Petit exercice oubapien : résume le livre en choisissant deux cases.

DOSSIER LES PLUMES
1-Les plumes, de François Ayroles et Anne Baraou (par Jean-Luc Coudray)
2-Les Plumes. François Ayroles (Questions de Jean-Luc Coudray)
3-Les Plumes. Intermède. La Faune du Flore, dans Libération
4-Les Plumes.  Anne Baraou (Questions de François Ayroles)

Tous nos remerciements à Anne Baraou, Jean-Luc Coudray et François Ayroles pour ce dossier.

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