Archives TAO : numéro 2, Alejandro Jodorowsky

TAO 2. Alejandro Jodorowsky

Nous voici maintenant, un an après Goossens, qualifié de génie Nulle part ailleurs que sur Canal Plus par Jodorowsky, avec celui-ci, dans son immense bibliothèque courant 1995.
Vous allez ici pouvoir lire l’intégralité de cet entrevue que l’on peut qualifier de fleuve !
Mais vous n’aurez pas, outre un texte sur le Tao, des aphorismes soufis de notre cru, et une enquête romancée sur et à la manière de Jodo, une nouvelle admirable de Jean-Luc Coudray où Dieu désespère, des œuvres originales du maître comme une page entièrement dessinée par Alejandro lui-même !

TAO 2. Alejandro Jodorowsky

La préface situe le contexte : l’ego et son absence illustrée par un paradoxe Shakespearien (sur et non de Will). Jodorowsky est anonyme, dont acte l’entrevue est centrée sur une personne au delà du moi.
Avec des incises pour préciser le contexte.
Par exemple, d’entrée de jeu voici ses tout premiers mots  :
– « Pour vous je ne suis pas normal.Tu as vu « La montagne sacrée », tu m’as vu à la télé, tu connais mes bandes dessinées. Je ne dois pas être si normal que ça » dit-il et le disant il n’est déjà pas normal (une incise, insérées dans tout l’entretien elles l’aère, ça aurait pu être lourd mais à la relecture ça fonctionne).
Remarque importante : dans le dialogue qui s’installe et se transforme parfois en quasi lutte dialectique il s’intéresse aussi à nous (faisant même des erreurs d’interprétation, voulant ainsi à toute force que l’un de nous, alors assez étique il est vrai, soit drogué ce qui n’était vrai que sous l’angle du tabac !) Intérêt qui peut être intéressé pour tenter de percevoir l’image que l’on peut se faire de lui. Démarche légitime qui n’empêche pas non plus un réel intérêt pour autrui.
Proposant dés le début de s’adapter à notre discours « ou je fonctionne comme yé souis? »
Plusieurs choses dont ce terme « fonctionner » me faisait déjà penser à Gurdjieff (je n’avais pas forcément l’intention de le mentionner dans les questions) et c’est lui qui l’amène assez vite. De Gurdjieff on passe à Daumal : La Montagne sacrée = Le Mont Analogue, pas La Grande Beuverie hélas mais il est heureux du rapport et de préciser qu’il cite cette œuvre aussi.
Ceci pour montrer que rétrospectivement, alors que je craignais une trop grande lourdeur, l’échange est fluide et même bizarrement spontané avec ce genre de propos très référencés.

TAO 2. Alejandro Jodorowsky

Jodorowsky plus qu’un auteur polyvalent (scénariste, écrivain, cinéaste, magicien…), pour beaucoup est un génie (aucun doute) doué d’un esprit ravageur, d’une culture abyssale, revenu d’aventures multiples (anarchisme théâtral chilien, sorcellerie mexicaine, révolution panique…) ainsi ce qui pourrait passer pour une mégalomanie caractérisée : « Je me suis proposé de travailler avec mon esprit, d’arriver à un esprit sans limite », « moi je n’ai peur de rien », « moi je peux poursuivre 22 lièvres à la fois » est au contraire un réel effort d’objectivité.
L’entrevue obéissait aux principes de Tao : beaucoup de questions qui lui sont propres et d’autres venues d’intervenants remarquables. Assez vite j’ai vu un axe sur lequel j’ai insisté (avec lourdeur parfois) je vais le souligner ici en tant que teasing, ça vous donnera peut-être l’envie d’amener ensuite votre point de vue.
A une question pertinente de Daniel Goossens, notre précédent interlocuteur, sur les mystiques que Jodo imagine celui-ci à son tour répond avec pertinence sur la différence mystiques/religions mais l’est moins quand il défini Goossens comme un athée non mystique « voilà son drame » ose-t-il et l’insistance qu’il met à réfuter sa supposée image « religieuse » souligne surtout l’agacement (pour le moins) qu’il éprouve à ce moment là.
Et là je me souviens que j’ai moi même commencé à être agacé.
Il se contrôle et se vit comme un intellect, conclue-t-il
Et ce n’est pas bien ? rebondis-je (un coup bas peut-être)
Allez découvrir son rétablissement spectaculaire et déjà un peu à coté !

TAO 2. Alejandro Jodorowsky

A une question cynique de Cabanes il répond factuellement sur son processus créatif, c’est intéressant mais aussi biaisé. Ce n’est que bien plus loin qu’il revient de façon géniale à la question du cynisme lui préférant la honte.
Ce qui ne l’empêche pas de surévaluer la question de Mœbius par rapport à celles de Cabanes et de Goossens. Mœbius qui va dans son sens lorsqu’il nous dit qu’il n’a jamais vu quelqu’un d’aussi peu croyant que Jodorowsky.
Enfin les questions de Jean-Luc Coudray (sur le langage, les rêves, l’inspiration), toutes en finesses et plutôt déstabilisantes, génèrent des exclamations enthousiastes et des réponses souvent étonnantes.
Vous lirez donc des développements passionnants sur sa façon vertigineuse de créer, suivrez des rebondissements comme celui où je revient sur une image mythique de flèche transformée en fleurs préférant Athéna à Bouddha ce qui le ravi :
« Je ne veux pas passer pour bouddhiste »
Sa réponse (15 ans pourtant avant qu’il la fasse vraiment!)
« On est trop vieux pour faire la suite de l’Incal » est savoureuse ainsi que se qu’il envisageait alors : l’inverse de ce qui est venu  (voir la critique d’Avant l’Incal ICI).
La question que je lui pose alors résumait un style de scénario dans lequel il s’est trop laissé aller par la suite. Sa réponse (où il se méprend sur l’emploi du mot « contrôle ») cristallise alors le fil rouge et le non-dit de l’entrevue : la création de tautologies.
Beaucoup plus loin, j’avais d’autant plus cette idée en tête, qui intégrait l’absence de contrôle dans le cadre d’un contrôle global, le désordre comme composante de l’ordre, toujours cet axe tautologique, il s’en est tiré en me laissant pendant longtemps un malaise flou : « On est tombé dans ton truc de ne pas vouloir admettre que le contrôle n’est pas nécessaire. Alors le contrôle EST nécessaire. Contrôlons nous ! » Simplement en retournant son avis sur le sujet grâce à un artifice habile mais facile frôlant le solipsisme. Ce qui sur le moment nous a conquis par l’allégresse de sa raison.
A vous de voir, et peut-être (svp !) de me donner un avis vraiment extérieur sur cet échange : Il est là question d’objectivité, c’est vraiment important !

TAO 2. Alejandro Jodorowsky

Et ce n’est qu’un aspect de cet entretien au long court traversant tempêtes de réparties et soleils radieux éblouissants de traits d’humour. Avec de vrais ilots d’empathie émouvantes. Ainsi sa conception de la Nature me semble alors à la fois naïve et trop humaine mais ses réflexions prouvent non seulement une gentillesse foncière et une adaptation désarmante au discours d’autrui. Il reste simple dans un cadre complexe c’est pas la moindre de ses qualités.
Et Il y a aussi des retours de bâtons remarquables où il joue avec l’âge et ses capacités à tout traiter (dont son questionneur qu’il moque joyeusement en le renvoyant dans les cordes en riant).
Et surtout vous relèverez nombres d’aphorismes spontanés et jouissifs :
« Un vrai artiste doit utiliser des valeurs méprisées, pas les valeurs consacrées »
« La recherche de la vérité c’est la recherche de la maladie »
« Un être humain est inconnaissable »
« Recevoir des prix est une chose honteuse »
« Etre jeune c’est une qualité énergétique, pas plus »
« Ca peut être très calcul un gourou »
Rapportons aussi un hommage chaleureux à Will Eisner. Une brève communion sur les séries (ce n’était pas encore la mode). Et une vision d’une lucidité radicale sur l’incompréhension d’une œuvre par son créateur comme par son lecteur. C’est quelque chose de vraiment admirable, nihiliste et fécond à la fois, à vous de la trouver.
Mais avant tout j’espère que vous aurez le même plaisirs que j’ai eu à relire cet agaçant Jodo, jamais où on l’attends, ne craignant pas les contradictions, revendiquant les erreurs fertiles en méprisant les vérités intangibles et surtout voyant au travers de lui-même, au delà de toute raison.
« Tout ça c’est un jeu, avec l’interview on est en train de jouer.
« Il n’y a aucun Alejandro Jodorowsky« 
[ÉRIC FLUX]

• Pour lire en ligne cette Archive TAO 2 vous devez vous rendre sur le site Issuu en cliquant ICI (ou sur les images ci-dessus).
• Pour obtenir le PDF (HD, 25 MO) cliquez ICI.
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EO, les origines (le retour de TAO)
Archives Tao 1 – Daniel Goossens
• Archives Tao 2 – Alejandro Jodorowsky
• Archives Tao 3 – Andreas [à paraître]
• Archives Tao 4 – Jean-Luc Coudray [à paraître]
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