Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4

Ce texte a été publié dans Tao 4 consacré à Mœbius en 1998. Nous avions alors demandé aux auteurs  rencontrés pour les précédents dossiers de Tao (Goossens, Jodorowsky, Jean-Luc Coudray et Andreas) de choisir arbitrairement une case dans l’œuvre de Jean Giraud/Mœbius est d’accompagner ce choix d’un commentaire.

Andreas

Dans Major Fatal. Humanoïdes Associés. 1978

« Là où j’admire le plus Mœbius c’est dans la simplicité de certaines de ses images. Bien sûr, personne ne dessine les scènes de foule comme lui, des centaines de personnages dans des décors détaillés et pourtant, tout reste parfaitement lisible, on se demande comment il fait. Alors que cette image-ci, tout le monde pourrait la dessiner. Mais justement :
Lui seul (en tout cas à ma connaissance) l’a osée. Une ligne d’horizon, interrompue pour laisser la place à un petit machin (« la fantastique Bétrav 2000 de Jerry Cornelius ») entouré du petit nuage de poussière, et puis quelques points et petites taches pour donner une matière au sol.
Et la signature encadrée.
Le tout dans une vignette pratiquement carrée.
La séparation entre ciel et terre est parfaite. Deux tiers de ciel, de vide, de papier blanc, un tiers de terre, de taches qui suggèrent astucieusement la perspective, l’espace. Et c’est là aussi qu’est placée la signature, sagement, en bas à droite (évidemment c’est l’endroit où Mœbius signe la plupart de ses planches, mais je le soupçonne d’avoir ressenti un malin plaisir à signer justement cette image là !).
La blancheur du ciel subit l’incursion du nuage (où ailleurs que dans le ciel ?), l’irruption de Mœbius dans la page blanche, comme s’il voulait montrer sa progression dans l’ensemble des possibilités picturales (la plupart de ses collègues n’ayant pas encore percé la ligne d’horizon).
La voiture fait la jonction ciel-terre, sa position légèrement décentrée et la poussière indiquant son mouvement. La position narrative de la vignette assure le véhicule ne s’éloigne pas, mais avance vers le lecteur (le nuage va s’agrandir !). Le Jerry Cornelius du titre roule à mi-chemin entre la partie « compréhensible » (terre à terre) du Garage Hermétique, et l’énorme « blanc » laissé par l’auteur pour la joie et le désarroi du lecteur.
La voiture semble se diriger droit vers la signature qui rend l’équilibre à l’image. Mœbius signe le tiers terrestre (la partie « dessinée ») mais « s’encadre », créant ainsi la seule partie « fermée » du dessin (à part le haut de la voiture, minuscule ovale). En effet, le trait droit de l’horizon est interrompu, la ligne tortueuse du nuage ne touche pas le « sol », et même le cadre de la vignette est ouvert à deux endroits, en haut à gauche (dans quelle mesure il s’agit d’un accident est difficile à dire. En tout cas, ces ouvertures du cadre se retrouvent dans toutes les éditions du Garage en ma possession). Ainsi, tout en signant l’image, Mœbius reste en-dehors, offrant son œuvre à l’appréciation du lecteur.
Et ce lecteur-ci apprécie. »
[ANDREAS]
dans Tao 4, 1997

DANS LA MÊME COLLECTION
Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzach. Case mémorable 1
Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzak. Case mémorable 2
Mœbius vu par Daniel Goossens. Case mémorable 3
– Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4
– Mœbius vu par Alejandro Jodorowsky. Case mémorable 5

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s