Archives TAO : numéro 1, Daniel Goossens

Tao 1

EO présente ici l’Archive N°1 du magazine TAO publié fin 1994.
Ce premier numéro nous permettait alors de faire une arrivée sensée sous plusieurs aspects.
D’abord justifier l’emprunt de ce nom quelque peu démesuré : le TAO que l’on ne peut nommer donc “indicible, c’est à dire? On peut pas dire !” Citation de Goossens re-cité en conclusion du préambule à ce TAO N°1. Et re-re-cité dans le document ci-joint, c’est donc dire que l’indicible peut être répété !
Ensuite, bien sûr, l’interview de celui qui dessine si bien l’indicible par le rire : Daniel Goossens.
Mais aussi la publication de quelques textes parfois bien vus (mais pas toujours, on peut le dire maintenant) de SF ou autres aphorismes poético-gnostiques sur le Tao et ses illustrateurs divers. Ainsi une présentation du Monsieur Mouche de Jean-Luc Coudray ou du Lao-Tseu : le silence du sage de Tsai Chih Chung (édition Carthame, enfin à l’époque !)

Archives TAO 1 - Daniel Goossens

Ici vous ne trouverez pas tout ça, ni les encarts comme les calques ou la pub dépliable pour des raisons assez évidentes dans ce format numérique finalement moins interactif que le papier de 1994. Il y avait aussi une interview de Max Cabanes, qu’il serait intéressant de prolonger maintenant qu’il a agrandi ses Villages, où il pose une question pertinente à Goossens.
La réponse est là mais pas le reste, pour le moment.

Archives TAO 1 - Daniel Goossens

Mais il y a l’essentiel : l’interview titrée “Daniel Goossens est ressemblant” que 17 ans après on peu compléter par “...et ne s’efface pas avec le temps”. Tant ses propos de l’époque restent pertinents mais nous enrichissent même avec le recul. L’intervieweur doit avouer pour votre édification combien certaines de ses questions voulant attirer Daniel dans un angle précis sont régulièrement défaites ! Ainsi l’axe sur la complexité de l’humour : suivez-le et vous verrez comment avec des “idées qui ne marchent pas sont celles où l’on sent une intention” ou sa réfutation de “l’escalade des degrés”, il démolit gentiment mes lourdes insistances. S’il admet (après hésitation) son intérêt à la fois comme informaticien et humoriste pour le “fonctionnement de l’esprit” c’est pour mieux souligner ensuite une impossible définition universelle de l’humour.
Cadeau inattendu : c’est bien lui qui a justifié par l’absurde ce détournement de la Voie.

Archives Tao 1 - Daniel Goossens

C’est l’intérêt de cet interview et j’en suis fier car directement bénéficiaire ! Rétrospectivement Daniel m’a libéré d’une vaine envie inconsciente que l’humour soit autre chose que ce qui fait rire. Qu’il n’a pas d’autre justification en soit, même si sa construction peut obéir à des logiques complexes. C’est une vraie liberté, qui de surcroît n’empiète sur celle de personne, rien que pour ça cette réédition se justifie. Ainsi que ces derniers remerciements pour Goossens : ils sont bien mieux que spontanés car justifiés après toutes ces années à avoir bien intégré l’intérêt de ses propos qui m’ont permis de faire exploser en moi les limites traditionnelles de l’humour et là ça m’étonnerai pas qu’il l’ait fait exprèèèèès !
Ce numéro était dédié à Jean Carmet décédé cette année 94 et on vous conseillait de le lire en écoutant Les Nits, ça reste valable !
[ÉRIC FLUX]

• Pour lire en ligne cette Archive TAO 1 vous devez vous rendre sur le site Issuu en cliquant ICI (ou sur les images ci-dessus).
• Pour obtenir le PDF (HD, 25 MO) cliquez ICI.
 DANS LA MÊME COLLECTION

EO, les origines (le retour de TAO)
• Archives Tao 1 – Daniel Goossens
• Archives Tao 2 – Alejandro Jodorowsky [à paraître]
• Archives Tao 3 – Andreas [à paraître]
• Archives Tao 4 – Jean-Luc Coudray [à paraître]
• Archives Tao 5 – David B [à paraître]

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7 clips animés (le meilleur de 2011)

Laissez-moi vous raconter une petite histoire pour bien commencer cette année dont le terme est déjà clamé dans les pires termes.
Pour avoir une bonne perspective anticipons la chute en remontant aux sources.

1 – Frank Eddie. Let me be the one you call on

par Mr Kaplin

Avec Let me be the one you call on le début c’est la fin, le rejet c’est la base, le projet en est issu, le propos devient lumineux :
Franck Eddie c’est chié !

2 – Gotye. Don’t worry, we’ll be watching you

par  Rubber House Studio

Vous avez vu, tout est là ça devrait être suffisant, mais vous vous êtes vu vous, voyant ça ?
Voyeurs décalés, c’est votre nature que de la voir alors pas de soucis, d’autres gardiens vous regardent…

3 – Barbara Panther. Unchained

par Ash Dorn

Oui il y a des regards qui tuent ! Surtout celui auquel on ne peut échapper, tombé des cieux noirs où les marées naissent et vous enchainent à leur temps éternellement revenant, Unchained vraiment ?

 4 – MGMT. All We Ever Wanted Was Everything

par Oneedo

Isolé sur le sol au milieu des fumées, l’oiseau est tombé.
Comme Icare il en voulait trop, comme Love & Rockets, pas les comics mais les cosmiques sortant des caves du Bauhaus, dont ce titre est repris par MGMT croyant sortir du Dédale alors qu’ils s’y perdent…

5 – The Freaks. The Loner

par Fla du Sticky Monster Lab

Volà ce qui arrive quand on a tout, à vouloir la crème de la crème le gâteau vous étouffe et on reste seul.
Sauf qu’il y a des solitudes plus petites qui s’accrochent jusqu’au bout…

6 – Gotye. Bronte

par Ari Gibson at Mechanical Apple

Il semblerait que la fin ne tienne qu’à un miracle. Que le bonheur soit passé et qu’il ne revive que dans les souvenirs. Justement Gotye revient pour nous rappeler non seulement que son dernier album est encore plus saturé de clips merveilleux que le précédent, mais aussi que des forêts où planent l’ombre des sœurs de Mononoké gardent d’autres visions que des regards vides…

7 – Amon Tobin. Calculate

par Jim Jam Graphics

Arrivés ici vous pouvez pleurer, au fond de l’œil la roue tourne.
velut luna statu variabilis, sors immanis et inanis rota tu volubilis.
Vous pouvez le comprendre c’est partout, c’est en vous, c’est la source, sinon calculez le…

[ÉRIC FLUX. SELECTION ÉRIC D.]
DANS LA MÊME COLLECTION

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Les meilleurs vœux pour 2012

Faire une carte de vœux originale, qu’elle soit virtuelle ou non, est un exercice difficile. Pour être honnête, il nous a fallu chercher beaucoup avant de pouvoir vous présenter la sélection que voici pour une année qui s’annonce électorale et apocalytique.

Wens

Wens

Max

Max

Jean Jullien

Jean Jullien

Jérôme Dupré la Tour

Jérôme Dupré la Tour

Agnès Maupré

Agnès Maupré

Thierry Bedouet

Thierry Bédouet

Terreur graphique

Terreur graphique

Le Tampographe Sardon

Le Tampographe Sardon

Thibaut Soulcié

Thibaut Soulcié

Bruno SalAmone

bruno SalAmone

Gwenolé le Dors

Gwenole le Dors

Jacobo Fernandez Serrano

Jacobo Fernandez Serrano

Les Jeanclode

Lommsek Shaïzeuh

Lommsek Shaïzeuh

Sacha Goerg

Sacha Goerg

Éric Salch

Eric Salch

Sélection : [ÉRIC TAO]

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Charlie Poppins scrapbook (entretien)

Charlie Poppins

Charlie Poppins préfère rester discret sur sa véritable identité. On saura juste qu’il travaille dans l’animation et que Charlie Poppins Scrapbook est son violon d’Ingres. Ce qui est certain c’est que la découverte de ses dessins est un un choc : une telle maitrise et un univers comique aussi puissant,  pour l’instant exclusivement réservé à la blogosphère, c’est plutôt unique. On a donc voulu en savoir un peu plus…. Entretien.

Charlie Poppins

“Aucune censure. Aucun délai. Aucun thème. C’est un travail libre, un hobby presque.”

EO : Qui est Charlie Poppins ? Pourquoi ce pseudonyme entre Charlie Brown et Marie Poppins ?
CHARLIE POPPINS : Charlie Chaplin/Marie Poppins :)
Deux images fortes.

EO : Tu viens du cinéma d’animation (si on peut le dire…). Quel besoin as-tu de faire des images fixes ?
C. P. : Pour développer des idées personnelles dans un minimum de temps.
Chaque dessin pourrait être développé dans un court métrage mais cela prendrait trop de temps à se réaliser. Je préfère les coucher sur papier, en attendant.

EO : Le dessin d’humour est un peu le parent pauvre de l’édition (en France tout du moins). Hormis quelques stars, comme Sempé, les dessinateurs d’humour se trouvent plutôt dans la bande dessinée ou la presse. Est-ce ce manque de “débouché” qui t’as incité à publier sur ton blog ?
C. P. : C’est un plaisir personnel qui s’est transformé avec le temps. Si les blogs n’existaient pas, je les aurais tout de même faits pour moi.
Il est à remarquer que les plus beaux livres tirés des dessins du New Yorker sont français (chez Les Arènes). La reconnaissance du dessin existe donc bel et bien en France… Mais à petite échelle.

Charlie Poppins

EO : Tes influences sont essentiellement anglo-saxonnes, voire américaines. Te reconnais-tu dans cette limitation ou vois-tu une internationale de l’humour qui reposerait sur un esprit commun ? Et si oui, lequel ?
C. P. : Le dessin d’humour anglais ou américain est graphiquement intéressant.
La France est plus orientée “dessin de presse” qui privilégie l’idée et malheurement pas assez le dessin pur.
Sempé est une exception belle et incompréhensible qui la rend unique.
Bosc, Chaval et d’autres étaient précurseurs mais ont été surpassés par les dessinateurs américains.

EO : Sur la forme, pourquoi donnes-tu à tes dessins cette patte “vintage”  (faux papier vieillis, fausse trame pour journal, faux copyright…) ? Pour te rattacher à cette tradition de dessin “syndicate” ?

C. P. : J’aurai très certainement aimé faire parti des dessinateurs que j’aime…
Ce travail de patine met ces dessins dans une certaine “anachronie” qui me rapproche d’eux (j’imagine).

Charlie Poppins

EO : On cite souvent Gary Larson, pourtant tes influences sont multiples. Tu mentionnes sur ton site : Charles Schulz, Bill Watterson, Mad Magazine, Quino, Aragones, Gary Larson donc mais aussi Fluide Glacial, Mike Peters, Mordillo, Sempé, Serge Bloch, Harvey Kurtzman, Olivier Texier, The New Yorker, Olivier Schrauwen, Ludovic Debeurme, Ruppert & Mulot, Dimitri Planchon, Roland Topor, Bouzard, Voutch, Larcenet, Chas Addams, Iain Macarthur, Prof  Moustache, Edward Gorey, Chaval, Reiser, Deix, Bosc, Searle, Topor, B.gnet, Steinberg, Glen Baxter, George Herriman, Toppi, Crumb, Gad, Navo, Cardon, J.J. Grandville, Fabio Viscogliosi, Raymond Devos et Pierre Doris…
Pourquoi deux fois Topor ?
C. P. : Erreur de frappe… :)
Mais effectivement, les noms que j’ai écrit sont tous des artistes que j’admire profondément.
Le cinéma, les séries et le théâtre ne sont pas mentionnés mais peuvent aussi me toucher. Un Woody Allen est rempli de dessins du New Yorker, un Jacques Tati est rempli de Sempé… et inversement…

Charlie Poppins

EO : Comment conçois-tu un gag ? L’idée surgit-elle spontanément (un peu comme une plaisanterie dans la vie) ou bien par divers cheminements (un peu comme un dessin que tu crayonnerais avant de le finaliser) ?
C. P. : Spontané.
J’assiste a une scène, je vois un film,… et j’imagine la suite. Souvent ça ne se passe jamais comme je l’avais imaginé.
Si l’idée qui nait est intéressante je la note.

EO : À quel moment considères-tu qu’un dessin est réussi ?
C. P. : Ça n’est pas à moi de le dire. :)
Mais pour moi il est déjà à moitié réussi quand il me plait. L’autre moitié à faire “valider” appartient à celui qui va le lire.

Charlie Poppins

EO : En quoi le fait de n’avoir aucune obligation éditoriale influe-t-il sur ton travail ?
C. P. : Aucune censure. Aucun délai. Aucun thème. C’est donc un travail libre, un hobby presque.

EO : Cette absence de contraintes est-il une chance ou pas ?
C. P. : Le blog est une carte blanche que l’on s’offre. C’est évidemment une chance.

EO : As-tu été approché par des éditeurs ? Un recueil de tes dessins est-il prévu ?
C. P. : J’ai rencontré des éditeurs très intéressés mais je ne pense pas avoir une production assez importante pour le moment. Je me laisse donc du temps pour encore travailler.

Charlie Poppins

EO : Qu’est-ce qu’un livre de dessins humoristiques idéal pour toi ?
C. P. : Les Sempé ou les recueils de dessins du New Yorker sont les meilleurs exemples. Martine Gossieaux a également sorti un livre intitulé La passion du dessin d’humour que je trouve très respectueux de la discipline.

EO : Envisages-tu de faire plus de “Charlie Poppins” à l’avenir ?
C. P. : Je fais de mon mieux. Ça n’est pas mon activité principale.
Mais j’ai beaucoup d’idées d’avance.

[Questions d'ÉRIC TAO]

Le blog de Charlie Poppins.

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En 2012, Illustrées, les affiches seront (janvier)

Pour commencer l’année en beauté 15 affiches par des auteurs présentés ici pour la première fois (hormis Antoine Marchalot et Julia Wauters) et, en fin de billet, un petit coup d’œil en arrière avec une sélection (dessinée) de la sélection 2011 des affiches de Graphis (que nous vous invitons promptement à aller visiter si vous aimez le graphisme).

Antoine Marchalot

Antoine Marchalot

Violeta Lopiz

Violeta Lopiz

Igor Kovalyov

Kovalyov

Aurélien Farina

Aurélien Farina

Julia Wauters

Julia Wauters

 Yusaku Kamekura (?)

Yusaku Kamekura

Oréli

Oréli

Sue Ninham

Sue Ninham

Stephan Muntaner

Stephan Muntaner

Hiroyuki Okiura

Hiroyuki Okiura

Guillaumit

Guillaumit

Olly Moss

Olly Moss

Reward ! Quelques auteurs à retrouver…

Le musée imaginaire

Le musée imaginaire

Brave (Pixar)

Brave (Pixar)

Russenko

Russenko

La sélection Graphis 2011

Fleishman-Hillard Creative

Fleishman-Hillard Creative

Joao Machado Design ltd

Joao Machado Design ltd

Mystery mountain

Mystery mountain

Naughty fish design

Naughty fish design

Yasuhijo Kida

Yasuhijo Kida

Sélection : [ÉRIC D.] et [ROMUALD REUTIMANN]

DANS LA MÊME COLLECTION

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EO, les origines (le retour de TAO)

Tao intégral

Toute vraie histoire Super-Héroïque commence sa geste par quelques épisodes initiaux entrant d’emblée dans l’action pour situer sauvagement le contexte. Lorsque celui-ci est amené à devenir une vraie continuité alors viennent “Les origines” donnant les clefs du monde d’avant.
Ainsi, parfois très tard après moult aventures, les auteurs révèlent la source des pouvoirs du Héros. EO n’étant pas Logan nous n’atteindront donc pas plus longtemps pour répondre aux questions que l’on ne nous pose pas vraiment, la timidité probablement :
De quel horizon se lève EO, de quel feu est issu sa lumière ?

Alors voici : EO est issu d’une mutation de TAO.
Celui-ci figurant le changement nous sommes vraiment dans une continuité.
Et maintenant l’essentiel de celui-ci va vous être révélé : vous allez avoir à votre disposition, au fil de l’année qui vient, les dossiers numérisés de ce magazine que quelques flatteurs qualifient de légendaire.

TAO. Ebay.

Étant donné l’approximation des informations disséminées dans les pages web, cela permettra au moins de corriger quelques erreurs (exemple, n’en déplaise à Mr “La comète de Carthage” le numéro consacré à David B n’est pas du tout le 8ème) et de limiter l’inflation (80 € pour un numéro de TAO, fut-il légendaire, voire mythique ou même sacré : c’est TROP !)
Au début de l’ultime décennie du dernier millénaire nous fûmes trois puis vite deux Eric (1) heureusement complétés par des collaborations ponctuelles mais prestigieuses (2) à créer TAO dans le monde de la presse auto-éditée répondant à l’affreux nom de fanzine (notez ce néologisme horrible, j’y reviendrai, il le mérite).

Tao 1. 1994.

Le principe de TAO était de publier des rencontres de fond avec des auteurs majeurs de l’art séquentiel. Répondirent présents : Goossens (n°1), Jodorowsky (N°2), Andréas (N°3), Mœbius (N°4) et David B (N°5).
Jean-Luc Coudray fut souvent de l’aventure et édité aussi à part du magazine par Tao Édition (3). C’est en quelque sorte notre Sage omniprésent.
TAO fréquenta souvent la Bulle “Fanzine” d’Angoulême où son numéro 1 eut une mention spéciale du Jury et le numéro 3 l’Alph’Art “Fanzine” en 1997. Finissons-en avec ce mot pénible dont la réfutation résumera l’esprit du Magazine.
Fan-Zine : Magazine de Fan. Fan : outre un ventilateur brassant du vent est un concentré de fanatique idolâtre. TAO ne pouvait donc pas rentrer dans cette catégorie honteuse d’excités dogmatiques ne serait-ce par son nom qui appelle plus l’indicible que l’invocation sacrée.
Tant qu’à néologier nous préférions dire que TAO est un “Amazine”. Amateurs plutôt que fanatiques, aimer au lieu de vénérer c’est dans le fond plus complexe mais aussi plus gratifiant.

L'Alph'Art Fanzine 1997

Pour l’anecdote mais signifiante, lors de la remise de prix à Angoulême j’ai éprouvé le besoin d’expliquer ceci sur une scène de théâtre au ministre de la culture du moment qui faisait office de transmetteur négligent d’Alph’art. C’est peu dire que lors on sent bien la vacuité de l’indicible !
Et que tout ces mots ne sont que bien peu de choses face à l’image, d’où l’importance paradoxale du modeste TAO grand véhicule de la Voie par le Trait.
Donc Eric (Deguin) qui est le créateur de ce TAO, dont je ne suis ici que le scripteur (4), va mettre en ligne progressivement le reflet numérique des magazines épuisés. Vous aurez certes l’intégralité des interviews avec nombres de dessins inédits des auteurs mais vous devrez imaginer le travail sur la mise en page, le découpage, le brochage bref tout ce qui faisait de TAO autre chose qu’un amoncellement de textes et d’images (5).

Tao 3, qui reçu l'Alph'Art en 1997

Tout ce qui est autour du TAO est dans le TAO même si le temps l’estompe j’espère que ces Archives seront pour vous plus qu’un reflet de ce qui fut. Ainsi sur la scène d’Angoulême le vrai prix n’a pas été remis par un ministre vite retourné à son insignifiance mais par le souvenir de la présence dans la salle de Will Eisner, vieil homme à l’humanité rayonnante Et ça je ne peux pas l’oublier !

[ÉRIC FLUX]

(1) Éric Deguin (Eric Tao), Éric Flux et Mano.

(2) Citons Jean-Luc Coudray bien sûr mais aussi Philippe Coudray, Patrice Cablat (PatCab), Gil, Claude-William Trébutien ou Simon Hureau…

(3) Les nouvelles histoires de Monsieur Mouche, Citron, avec des dessins de Gil et La Lune nous tire la langue, toujours avec Gil. Livres épuisés.

(4) “Trop modeste. En plus d’être “scripteur” Éric Flux est co-fondateur, pilier, esprit de TAO et meneur émérite d’entretiens fleuves enrichissants. Non mais !” (E.D.)

(5) Chaque exemplaire de TAO, hormis le 4 (Mœbius, encore dispo) était tiré en photocopies sur tout un tas de papiers et de formats différents entre 250 et 350 exemplaires, puis façonné, collé et relié par nos petites mains. Tous ces numéros sont épuisé depuis plus d’une décennie.

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L’Ours Barnabé de Philippe Coudray (par Jean-Luc Coudray)

Exposition L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

Le dessin de l’Ours Barnabé, dans l’esprit ligne claire, est stylisé sans l’aspect caricatural de Disney, lisible sans la construction architecturale de Pif. Philippe Coudray préfère la sensibilité du trait aux emboîtements géométriques. Le dessin intuitif exprime la nature et le rêve. Malgré une apparence classique liée à sa clarté, le graphisme est souple et poétique, dans la filiation du dessin d’humour.
L’Ours Barnabé apparaît bonhomme. En vérité, le personnage dissimule une perspicacité à toute épreuve qui démonte les mécanismes de la logique et de la nature avec une aisance presque passive. Les gags, construits sur des rapprochements inattendus, dévoilent, derrière les apparences, des raisons nouvelles et nous enseignent des liens invisibles.
Les ressorts sont subtils mais la compréhension aisée. L’humour se fonde sur l’intelligence et non la bêtise. C’est dans un univers de respect que cette bande dessinée construit d’autres visions.
La fluidité de la lecture et la lisibilité des paradoxes rendent cette création accessible aux enfants, en même temps que sa profondeur en fait une œuvre universelle.
[JEAN-LUC COUDRAY]

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

“L’Ours est l’homme inconscient, donc spontané et créatif.”

Philippe Coudray

JEAN-LUC COUDRAY : Nous savons que l’homme de Néanderthal mélangeait dans ses tombes les os néanderthaliens et ceux des ours. Ton personnage L’Ours Barnabé et ton intérêt pour le bigfoot ne procèdent-ils pas d’un même type de mélange ?
PHILIPPE COUDRAY : En réalité, si les singes n’avaient pas existé, c’est sans doute l’ours qui aurait évolué vers l’homme. Il est plantigrade, aime se redresser et n’a (pratiquement) pas de queue. Il faut savoir que le panda a carrément développé un sixième doigt aux pattes avant qui lui sert de pouce pour attraper les bambous.

J.-L. C. : L’ours est le dernier grand fauve d’Europe. Le choisir comme personnage est-il une tentative de résister à l’artificialisation de nos vies ?
P. C. : Oui, l’inconscient chez l’homme est sa partie naturelle. L’Ours est l’homme inconscient, donc spontané et créatif.

J.-L. C. : Ranges-tu les artistes, les fous, les mystiques et les ours dans la même catégorie ?
P. C. : Les artistes, les fous et les mystiques sont ceux qui ne se limitent pas à la raison. La nature ne raisonne pas, n’a donc aucune limite, et c’est là sa réussite. Ainsi les ours sont des êtres complets.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé résout souvent des problèmes en restant passif. La qualité de l’être suffit-elle à résoudre les problèmes ?
P. C. : Pas toujours, mais très souvent, oui.

J.-L. C. : L’ours, velu, fort, est chez lui dehors, comme d’ailleurs le bigfoot. Or, le paradis est un jardin et non une maison. Est-ce à dire que c’est la maison, dans laquelle nous sommes obligés de nous replier, qui symbolise la perte du paradis ?
P. C. : La maison de l’Ours, c’est son corps. Nous autres sommes comme des bernard l’hermite qui ont besoin de se fabriquer une coquille.

J.-L. C. : Quelle différence fais-tu entre l’humour absurde et celui de L’Ours Barnabé ?
P. C. : L’humour absurde est une facilité qui ne mène à rien. Cela crée un pur effet comique sans lendemain. L’humour de l’Ours Barnabé est censé avoir un sens.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : Le lapin appelle-t-il quelquefois l’Ours Barnabé par son prénom et lui-même a-t-il un prénom ?
P. C. : Non. Il s’appelle “le lapin”. Il n’a pas de prénom parce qu’il n’a rien à défendre.

J.-L. C. : Les gags sont quelquefois graphiques, quelquefois verbaux. Lesquels sont les plus difficiles à trouver ?
P. C. : Il me semble que les gags graphiques sont plus difficiles à trouver parce que les contraintes sont plus fortes.

J.-L. C. : Tout l’univers de L’Ours Barnabé est-il une simple mise en place pour amener au gag ou, au contraire, le gag est-il la légitimation pour présenter un univers ?
P. C. : À la base, tout est prétexte au gag. Si un univers s’en dégage, c’est involontaire.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : Les chutes sont humoristiques mais l’univers de L’Ours Barnabé est poétique. Cet univers poétique est-il un garant de moralité ?
P. C. : Non. Il peut y avoir une poésie dans l’immoralité, mais peut-être pas dans la méchanceté.

J.-L. C. : La nature dans laquelle évolue l’Ours Barnabé est pénétrable mais sans humains. Elle est donc faite pour les hommes mais on y voit exceptionnellement des hommes. L’Ours Barnabé serait-il un gardien contre les hommes ?
P. C. : Il se méfie naturellement des hommes comme le yéti. Il préfère les éviter.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé semble un travail de vulgarisation. Les paradoxes et subtilités du réel sont mises à disposition de tous les esprits, adultes et enfants. Pourrait-on dire que cette œuvre est une “vulgarisation de l’intelligence” ?
P. C. : Oui, la formule est bonne.

J.-L. C. : Penses-tu que la diffusion de L’Ours Barnabé permet de lutter contre le travail de crétinisation de la jeunesse orchestré par l’effondrement du niveau culturel des chaînes de télévision et la propagande publicitaire adressée aux enfants ?
P. C. : Sans doute.

L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé est-il carnivore ?
P. C. : Il peut être insectivore et piscivore, mais évite de dévorer ses amis.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé serait-il plus proche de la bande dessinée ou du dessin d’humour ?
P. C. : Il est plus proche du dessin d’humour parce que l’objet est le gag et non la narration.

J.-L. C. : L’Ours Barnabé est-il un maître spirituel ?
P. C. : Il l’est pour le lapin et pour lui-même.

Exposition L'Ours Barnabé. Philippe Coudray.

PHILIPPE COUDRAY : Concernant l’exposition, je travaille en collaboration avec le commissaire d’exposition, principalement Romain Gallissot. Il y a des propositions qui viennent de lui, comme l’idée d’exposer des parodies de l’Ours Barnabé de la part d’auteurs de BD ou d’illustration, ou le fait d’exposer des planches d’enfants sur le thème de la série, et d’autres qui viennent de moi, comme le fait d’exposer une galerie de peintures (10 en tout que je suis en train de peindre en ce moment) représentant les ancêtres de Barnabé et du lapin à travers les âges (depuis les grottes de Lascaux jusqu’à nos jours), peints chaque fois dans le style de l’époque, ou un dessin stéréo de l’Ours Barnabé.
L’actualité de cette exposition a accéléré la publication de l’Intégrale tome 2 de l’Ours Barnabé qui reprend 4 autres albums épuisés des éditions Mango, et qui interviendra pour Angoulême. D’ailleurs, la série L’Ours Barnabé a été entièrement rachetée par les éditions La Boîte à Bulles, qui concentre aujourd’hui l’intégralité des planches.
Je serai présent les quatre jours du festival. Il y a des chances que je dédicace les albums dans le lieu même de l’exposition (Musée du Papier).
Cette exposition sera composée de :
- Planches et dessins originaux
- Tirages couleurs de planches et dessins
- Biographie de l’auteur et historique de la série
- Ancêtres de Barnabé : une dizaine de toiles
- Projet de réalisation de courts-métrages par les étudiants de l’EMCA
(École des Métiers du Cinéma d’Animation) sur l’Ours Barnabé
- Science / expérience / enigmes : avec les petits débrouillards, proposition de quelques ateliers de manipulation permettant d’explorer quelques concepts scientifiques
- Barnabé et l’école : un espace qui montrera le lien étroit entre Barnabé et l’école,
depuis la publication dans Amis-Coop en 1981 jusqu’au prix des écoles à Angoulème en 2011
- Un espace Parodies
- Un “papertoy” : découpage-pliage réalisé par l’illustrateur Gaël Gibot.
- Exposition de livres étrangers de l’Ours Barnabé (américain, allemands et japonais)
- Un coin bibliothèque
- Il est même prévu un goûter pour les enfants avec un producteur de pomme local (à confirmer).
Elle aura lieu du 26 au 29 janvier 2012 de 10h à 19h, et sur rendez-vous, sera prolongée jusqu’au 3 février pour les scolaires du Grand Angoulême.

L’Ours Barnabé a reçu le Prix des Écoles d’Angoulême 2011.

L’exposition a lieu au Musée du Papier, Route de Bordeaux à Angoulême.

Le site de Philippe Coudray.

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