Mœbius vu par Jodorowsky. Case mémorable 5

Suite et fin de cet hommage par la publication de cette “case mémorable” où Alejandro Jodorowsky explique son choix d’une case tirée de l’œuvre de Mœbius. Ce texte a été publié à l’origine dans Tao n° 4 consacré à Mœbius en 1998.

Alejandro Jodorowsky

Dans l'Incal noir. Humanoïdes associés. 1981

“Je n’ai pas fait mon choix pour des raisons graphiques mais pour des raisons littéraires.
Cette planche 1 bis n’existait pas au départ et j’ai demandé à Mœbius de la dessiner. C’est donc une planche de commande.
Mais elle m’intéresse parce qu’elle est la pierre de faîte, la pierre rejetée qui devient importante. Cette planche est vraiment devenue la pierre de faîte car, à la fin du cycle, elle revient, elle est dessinée une seconde fois.
Bien que ce soit une planche qui ne soit pas née de son désir conscient, on peut dire que c’est la planche la plus humble car elle soutient tout le cycle (on la retrouve également dans Avant l’Incal).
C’est la planche la plus importante, c’est là où l’histoire commence et fini, l’alpha et l’omega. On peut citer une phrase de El Dibouk à son sujet : “Fais de ta chute une ascension”.”
[ALEJANDRO JODOROWSKY]
dans Tao 4, en 1998

DANS LA MÊME COLLECTION
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzach. Case mémorable 1
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzak. Case mémorable 2
- Mœbius vu par Daniel Goossens. Case mémorable 3
- Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4
- Mœbius vu par Alejandro Jodorowsky. Case mémorable 5

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Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4

Ce texte a été publié dans Tao 4 consacré à Mœbius en 1998. Nous avions alors demandé aux auteurs  rencontrés pour les précédents dossiers de Tao (Goossens, Jodorowsky, Jean-Luc Coudray et Andreas) de choisir arbitrairement une case dans l’œuvre de Jean Giraud/Mœbius est d’accompagner ce choix d’un commentaire.

Andreas

Dans Major Fatal. Humanoïdes Associés. 1978

“Là où j’admire le plus Mœbius c’est dans la simplicité de certaines de ses images. Bien sûr, personne ne dessine les scènes de foule comme lui, des centaines de personnages dans des décors détaillés et pourtant, tout reste parfaitement lisible, on se demande comment il fait. Alors que cette image-ci, tout le monde pourrait la dessiner. Mais justement :
Lui seul (en tout cas à ma connaissance) l’a osée. Une ligne d’horizon, interrompue pour laisser la place à un petit machin (“la fantastique Bétrav 2000 de Jerry Cornelius”) entouré du petit nuage de poussière, et puis quelques points et petites taches pour donner une matière au sol.
Et la signature encadrée.
Le tout dans une vignette pratiquement carrée.
La séparation entre ciel et terre est parfaite. Deux tiers de ciel, de vide, de papier blanc, un tiers de terre, de taches qui suggèrent astucieusement la perspective, l’espace. Et c’est là aussi qu’est placée la signature, sagement, en bas à droite (évidemment c’est l’endroit où Mœbius signe la plupart de ses planches, mais je le soupçonne d’avoir ressenti un malin plaisir à signer justement cette image là !).
La blancheur du ciel subit l’incursion du nuage (où ailleurs que dans le ciel ?), l’irruption de Mœbius dans la page blanche, comme s’il voulait montrer sa progression dans l’ensemble des possibilités picturales (la plupart de ses collègues n’ayant pas encore percé la ligne d’horizon).
La voiture fait la jonction ciel-terre, sa position légèrement décentrée et la poussière indiquant son mouvement. La position narrative de la vignette assure le véhicule ne s’éloigne pas, mais avance vers le lecteur (le nuage va s’agrandir !). Le Jerry Cornelius du titre roule à mi-chemin entre la partie “compréhensible” (terre à terre) du Garage Hermétique, et l’énorme “blanc” laissé par l’auteur pour la joie et le désarroi du lecteur.
La voiture semble se diriger droit vers la signature qui rend l’équilibre à l’image. Mœbius signe le tiers terrestre (la partie “dessinée”) mais “s’encadre”, créant ainsi la seule partie “fermée” du dessin (à part le haut de la voiture, minuscule ovale). En effet, le trait droit de l’horizon est interrompu, la ligne tortueuse du nuage ne touche pas le “sol”, et même le cadre de la vignette est ouvert à deux endroits, en haut à gauche (dans quelle mesure il s’agit d’un accident est difficile à dire. En tout cas, ces ouvertures du cadre se retrouvent dans toutes les éditions du Garage en ma possession). Ainsi, tout en signant l’image, Mœbius reste en-dehors, offrant son œuvre à l’appréciation du lecteur.
Et ce lecteur-ci apprécie.”
[ANDREAS]
dans Tao 4, 1997

DANS LA MÊME COLLECTION
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzach. Case mémorable 1
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzak. Case mémorable 2
- Mœbius vu par Daniel Goossens. Case mémorable 3
- Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4
- Mœbius vu par Alejandro Jodorowsky. Case mémorable 5

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Mœbius vu par Daniel Goossens. Case mémorable 3

Ce texte a été publié dans Tao 4 consacré à Mœbius en 1998.
Nous avions alors demandé aux auteurs  rencontrés pour les précédents dossiers de Tao (Goossens, Jodorowsky, Jean-Luc Coudray et Andreas) de choisir arbitrairement une case dans l’œuvre de Jean Giraud/Mœbius est d’accompagner ce choix d’un commentaire.
Nous proposons de rééditer ces textes pour ce dernier hommage que nous rendons à Mœbius.

Daniel Goossens

Illustration dans Made in L. A. Casterman. 1988

“J’ai choisi ce dessin un peu par hasard. Je l’aime bien, mais j’aime bien de la même façon une énorme proportion des dessins de Giraud-Mœbius. En fait, comme beaucoup de dessinateurs admirateurs de Giraud, j’aime son système de dessin. Pour un dessinateur amateur du genre c’est l’aboutissement d’un travail impressionnant de dessinateur réaliste, associé à un sens somme tout assez rare du mouvement, du naturel, des attitudes et des formes, de la composition en trois dimensions…
C’est un dessin qui me semble être quelque chose de facile pour Giraud. Il respire l’aisance. Il est plein d’éléments et tous sont bien articulés, bien séparés les uns des autres, aériens. Ils sont tous abstraits mais sentent l’expérience du dessin réaliste. Tout cela donne à l’ensemble du dessin une impression intense d’équilibre, malgré les enchevêtrements et la complexité.
Il n’illustre qu’un tout petit aspect de ce que j’admire chez Giraud et j’aurais aimé pouvoir choisir des centaines d’autres images, de Giraud ou de Mœbius, histoire de ne pas déconsidérer le reste en mettant l’accent sur une anecdote.”

[DANIEL GOOSSENS] 
dans Tao 4, en 1998.

DANS LA MÊME COLLECTION
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzach. Case mémorable 1
- Mœbius vu par Jean-Luc Coudray. Arzak. Case mémorable 2
- Mœbius vu par Daniel Goossens. Case mémorable 3
- Mœbius vu par Andreas. Case mémorable 4
- Mœbius vu par Alejandro Jodorowsky. Case mémorable 5

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La rencontre par le sacré (par Jean-Luc Coudray)

Les Histoires de Monsieur Mouche. Mœbius, Jean-Luc Coudray. Couleurs : Philippe Coudray.

“Ma rencontre avec Mœbius s’est faite malgré moi. Jodorowsky lui avait transmis mes histoires de Monsieur Mouche, que je publiais dans Le Psikopat (auparavant nommé “Petit psikopat illustré”), alors qu’il vivait à Los Angeles. C’était environ en 1984. Michel Lablanquie, des éditions Ædena, m’avait demandé si j’acceptais que Mœbius illustre mes textes. Ensuite, il me transmettait des photocopies de ses dessins par courrier. Ma relation avec Mœbius a été au début épistolaire. Et je ne l’ai rencontré que quelques années plus tard, lorsqu’il a réalisé d’autres dessins de Monsieur Mouche. Il m’a tout de suite parlé du sorcier Castaneda. Nous étions assis par terre, sur le plancher, entourés de cartons, car il déménageait tous les deux ans. Il m’avait confié qu’il avait “inventé un nouveau style” avec le dessin de Monsieur Mouche, qu’il avait fait du personnage “un Tintin mystique”, que la petite poule préhistorique qui apparaissait dans chaque dessin représentait Milou et qu’il avait eu beaucoup de mal à réaliser ces dessins, qu’ils lui avaient demandé beaucoup de travail et de reprises.

Les Histoires de Monsieur Mouche. Mœbius, Jean-Luc Coudray. Couleurs : Philippe Coudray.

Ma relation avec lui n’était pas facile. En vérité, il était prévu qu’il continue à illustrer Monsieur Mouche, mais la faillite des éditions Ædena avait interrompu le projet. Il avait complété avec quelques dessins pour l’édition de Monsieur Mouche chez Hélyode, mais sans plus. J’avais fini par lui envoyer une lettre d’engueulade car il promettait plus que ce qu’il pouvait donner. Ma lettre “lui était allé droit au cœur” et “avait fait mouche” selon sa réponse. Mais ce n’est que longtemps plus tard qu’il a refait des dessins pour moi.

2001 après Jésus Christ. Mœbius, Jean-Luc Coudray.

Cette fois-ci, c’est moi qui l’avais sollicité en lui envoyant mon texte sur le Christ. Je l’ai revu au festival d’Angoulème, où il m’a dit que mon texte était tombé au moment où il fallait pour lui remonter le moral. Il était dans une période où il ne croyait plus trop à ce qu’il faisait, ne savait plus trop où il allait. Mon texte sur le Christ alternait des histoires humoristiques, dans l’esprit de Monsieur Mouche, avec des descriptions de l’état d’extase de Jésus, en relation avec la nature. Mœbius était particulièrement intéressé par ces descriptions d’extase. Il m’a dit que je devrais être patient car il fallait qu’il libère du temps. J’ai attendu quatre ans, mais il a réalisé les dessins. À chaque dessin, le Christ était un personnage différent. Il n’y avait qu’un Christ mais une multiplicité de représentations. Il évoluait dans des perspectives écrasées qui agrandissaient les horizons. Les dessins renvoyaient à un invisible au-delà de la page. Il m’avait proposé le titre 2001 après Jésus Christ en hommage à 2001 l’Odyssée de l’espace.

2001 après Jésus Christ. Mœbius, Jean-Luc Coudray.

Ce livre a été l’occasion d’une véritable rencontre avec lui. Nos séances de dédicace sont devenues des échanges entre nous, totalement jubilatoires, où nous nous servions des pages de dédicace pour un dialogue texte/dessin improvisé où nous réinventions, dans un délire de toute puissance, les vérités théologiques et les représentations de Jésus. Mœbius avait cette capacité de ne se refuser aucun délire de la pensée, tout en retombant sur ses pieds. Je ressentais qu’il comprenait à demi-mot mes propres inventions, et pouvait les prolonger dans des directions nouvelles. J’ai rarement ressenti cette compréhension de mes points de vue métaphysiques, produits de mes préoccupations intérieures, et cela me stimulait. Nous avons eu des dialogues dont je ne saurais rien rendre, car ils n’étaient pas propres à se graver dans la mémoire. Oubliant évidemment que nos dédicaces s’adressaient à des gens, nous nous répondions d’un livre à l’autre, tout en discutant entre nous. Nous étions dans le même monde, à condition de discourir de l’autre monde.

À sa demande, j’ai écrit une suite sur le Christ. Le projet n’a pas pu se réaliser, pour des raisons privées n’ayant rien à voir avec notre relation ou des motifs artistiques. L’écriture de ce texte a été pour moi un moment important. Car il s’agissait d’une inversion. J’ai écrit à partir des dessins du premier livre, influencé par son interprétation. Je trouve que le second texte, encore inédit, développe plus avant ce qui était en sourdine dans le premier, et c’est dû à l’enthousiasme de cette rencontre. Par extension, les dessins en général de Mœbius m’ont parlé différemment. Leur évocation de l’étrangeté, leur aptitude à suggérer un monde véritable par le simple jeu du bizarre, leur capacité à élever au mythe, c’est-à-dire à l’intemporalité, des scènes à priori simplement narratives, unifiant le relatif et l’absolu, m’ont donné une assurance dans l’écriture de mes propres textes.

2001 après Jésus Christ. Mœbius, Jean-Luc Coudray.

On écrit toujours pour exprimer un indicible. Quand cet indicible tombe sur un terrain fécond, par la rencontre avec un artiste de l’ampleur de Mœbius, c’est une chance unique. Cela confirme la signification de ce que l’on tente de dire, alors qu’il y a rarement, dans d’autres circonstances, de retour satisfaisant. Je tiens donc à témoigner que la fécondité de mon échange avec Mœbius a dépassé la relation purement artistique. Ce fut un échange humain, amical et intellectuel, mais qui a pu se faire, étrangement, par la médiation du Christ. Or, nous ne sommes pas plus chrétiens l’un que l’autre. Mais l’image de Jésus a été une sorte de point d’orgue, de lieu de transcendance, fauteuil sublime où nous sommes rencontrés.”

Jean-Luc Coudray
12 mars 2012

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Mœbius : Major et Fatal

Major. Mœbius 2011Si vous vous demandez, “mais quel est ce Jean Giraud, alias Gir, A.K.A Mœbius dont un ministre ou un candidat président déplore la mort ?”, vous êtes alors comme beaucoup de français : étrangers à votre propre culture.
Comme l’essentiel des contemporains de cette planète moribonde vous seriez donc fascinés par l’écume, portés par les vagues mais ignorants des courants qui les portent.
Perdus dans un monde façonné par son apparence où les causes et les fins sont inversées et la surface résume en la trahissant le fond abyssal qui la forme.
Pour aller de l’un à l’autre, plonger, nager, respirer, se noyer et refaire surface il faut oser faire un retour permanent sur soi.
L’anneau de Mœbius c’est Mœbius.
Inutile d’être redondant, le seul qui connaisse Mœbius c’est celui qui s’est retourné sur lui-même, s’y trouvant sur la fin, nous le laissant croire au moins et nous le décrivant au mieux “sans aucun crayonné préalable, dans une totale improvisation” prouvant que la structure, le scénario, c’est lui, que celui qui tente de devenir transparent à lui-même à travers son œuvre c’est lui dans sa création, montrant le trait et celui qui le tient dans le même mouvement, se fondant en lui pour devenir à jamais son propre dessein.
Dans Major, un de ses derniers carnets qu’il aura passé sa vie à noircir de dessins (ô qu’ils vont êtres recherchés, compilés, thésaurisés désormais, pleurons ça aussi) son double, est dans un cercueil perdu au cœur d’un désert et lorsqu’il s’en libère l’auteur en fini par un dernier dialogue entre lui et sa créature :
“Vous n’êtes qu’une créature : c’est moi qui vous ai investi d’une certaine liberté”
Puis sur une planche il se fond en elle, sa créature, sa liberté, sa conscience.
“…Et c’est dans le plus grand silence… que le Major… sans un mot… sans la moindre pensée non consciente… s’élance… muet… vers l’envers… du temps… ou l’enfer du décor…”

Major. Mœbius 2011

[ÉRIC FLUX]

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Huit couché (Mœbius)

Que dire, à l’instant ?

Plutôt montrer ici deux dessins (inédits à l’époque, encore aujourd’hui ?) qui nous avaient été confiés pour le TAO qui lui été consacré.

[ÉRIC TAO]

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Un février 2012 en affiches (illustrées)

Encore beaucoup de nouveaux venus ce mois-ci (eh oui, on cherche, on cherche).
Un retour particulièrement inattendu, celui d’Yves Chaland plus de 20 ans après sa disparition, démontre que son son style reste toujours moderne et influent.
Nous vous rappelons qu’un clic sur le nom des auteurs renvoient à leur site ou blog, lorsqu’ils existent.

Jillian Tamaki

Jillian Tamaki

Motomichi Nakamura + Wiyumi

Motomichi Nakamure + Wiyumi

Yves Chaland

Yves Chaland

Aiuto! + 5emeciel.fr

Aiuto! + 5emeciel.fr

Jack Hudson

Jack Hudson

Rocco

Rocco

François Soutif

François Soutif

Jocelyn Gravot

Jocelyn Gravot

Ben Newman

Ben Newman

Pieter Van Eenoge

Pieter Van Eenoge

Jon Burgerman

Jon Burgerman

Marine Rivoal et Yann Kebbi

Marine Rivoal et Yann Kebbi

Singeon et Vincent Caut

Singeon et Vincent Caut

Studio Flyingpou7

Studio Flyingpou7

Sélection : [ÉRIC D.] et [ROMUALD REUTIMANN]

DANS LA MÊME COLLECTION

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